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The fin (part 1)

Ca y est Pôle. Oui, Ca y est.

Mes examens sont passés. Terminés. D’une certaine façon, le CAP Pâtissier est derrière moi. Déjà. Tu sais ce que je pense de ma prestation lors de l’épreuve pratique, je crois pouvoir te dire que les épreuves écrites qui se terminaient aujourd’hui se sont bien déroulées. C’est avec une forme de soulagement et presque de satisfaction que j’ai quitté tout à l’heure le Centre de Formation d’Apprentis, aux alentours de midi. Je dis « presque de satisfaction » car, comme toutes et tous, j’entre désormais dans la salle d’attente des résultats. Alors la satisfaction, on en reparlera plus tard.

Avec mes camarades reconvertis professionnels, les « PRF » comme on nous appelle (pour Plan Régional de Formation, le dispositif qui nous a permis de suivre nos formations respectives), nous avions décidé de ne pas nous quitter comme ça et d’aller manger ensemble. Dès notre rencontre, nous options pour une tendance visant à former une joyeuse équipe composée de quatre bouchers, une charcutière, deux boulangers, une boulangère, une pâtissière et un pâtissier. Tous en devenir, évidemment. Pour en revenir à la satisfaction, je crois que nous pouvons tous au moins être satisfaits d’avoir mené à bien cette aventure de reconversion professionnelle passant par la case école, du premier au dernier jour. Avec des hauts, des bas, des révélations, de la réussite et des remises en question. La vie en somme! Tu sais Pôle, j’ai vu mes copains épanouis, investis, je les ai vu heureux d’être là même si chacun a connu des moments difficiles. Chacun savait pourquoi il était là et avait conscience de sa chance tellement les places étaient rares. La reconversion professionnelle Pôle, c’est une orientation que tu devrais explorer un peu plus en profondeur. Non pas pour toi, enfin quoique, mais pour nous tes administrés. Il y a ceux qui savent qu’ils veulent changer de vie professionnelle et ceux-là attendront des réponses à leurs questions et de l’aide de ta part puisque tu es le messie compte tenu de ton monopole sur la question de l’emploi. Enfin plutôt du chômage. Bref. Puis il y a  ceux qui n’ont pas encore envisagé que le retour à l’emploi pourrait passer par la reconversion. Pour ceux-là, tu deviendras un héros. Pense à la bonne presse qu’ils te feraient, imagine ton blason redoré. C’est à toi de jouer.

Mais non, Pôle, je ne vais pas t’apprendre à faire ton métier. Je n’en serais pas capable mais je peux t’aider…. Et puis je viens tout juste d’en apprendre un nouveau métier et justement, j’ai du boulot.

PS: avant de te quitter, je te laisse une photo de mes camarades de classe, les fameux PRF. Nous n’y sommes pas tous mais si tu regardes bien tu t’apercevras que l’on pense fort à ceux qui n’ont pas pu être là : Alexandre, Thibaud, Jérémie et Vincent, nos copains bouchers.

Je te présente, de gauche à droite: Gaspard (boulanger), Hélène (boulangère), ton serviteur, Karine (pâtissière), François (boulanger), Mathilde (charcutière).

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Tout ça, pour ça. 

Aujourd’hui, j’étais le numéro 43. Comme chez toi Pôle, aujourd’hui je n’étais pas moi, Yohan Grangier, 31 ans (bientôt 33 d’ailleurs, mais je t’expliquerai), futur reconverti professionnel. J’étais 43. Je passais mon examen, l’épreuve pratique du CAP Pâtissier. Ce fameux diplôme, cette qualification convoitée qui nous a permis de nous retrouver toi et moi, à intervalles plus ou moins constructifs et réguliers durant 300 jours. Et quelques.

Tout ce que j’ai fait durant les neuf derniers mois, je l’ai fait pour aujourd’hui. Il ne s’agit pas de l’unique épreuve pour obtenir le diplôme mais soyons sérieux, celle-ci est tout de même capitale. Je l’ai abordé avec la dose de stress réglementaire, ce matin dès 7 heures. Quelque chose comme de la tranquillité est revenue une fois que j’ai eu enfilé ma tenue, le plus dur restant pourtant à venir. J’avais désormais 6h30 pour réaliser 4 préparations différentes, de la brioche, une tarte au chocolat et à la banane, une charlotte à la poire et aux framboises et des Paris-Brest individuels. Je vais te faire grâce des détails de ma journée mais je te dirais quand même que tout a plutôt bien débuté, puis soudain je ne contrôlais plus grand chose et surtout pas la montre, j’ai eu à me battre contre un fond de tarte réfractaire, contre les lois de la congélation, celles de la cuisson, j’ai eu à me battre un peu contre moi aussi. Le stress réglementaire avait dépassé les limites que j’aurais voulu lui fixer. Mais finalement, j’ai tout sorti comme on dit. Et je parle des produits demandés bien entendu, ne va pas t’imaginer que j’ai tenté de jouer d’un atout pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes. En fin d’épreuve et dans le temps imparti, sur ma plaque de présentation il y avait bien les brioches, les Paris-Brest, la tarte chocolat-banane et la charlotte poire-framboises. Non, mes réalisations n’étaient pas comme je voulais, mais après m’être piégé moi-même, j’ai du me résoudre à faire comme je pouvais. Tout était là et la partie des questions orales s’était très bien passée.

J’ai lu il y a peu que la pâtisserie, c’est l’école de l’humilité. Pour une fois dans ma vie, je n’ai pas cherché à être le meilleur. J’étais là pour aller jusqu’au bout de mon engagement, pour obtenir ce diplôme pour lequel j’ai remué ciel et terre. Ton ciel et ta terre Pôle, en particulier. J’ai rempli une partie de mon objectif car je ne crois pas avoir été le meilleur aujourd’hui. Je vais tout de même me laisser aller à un pronostic et penser que j’ai fait le boulot. Perfectible certes, mais fait.

Es-tu fier de moi Pôle ? Non, pas encore tu as raison. Il me reste encore 2 épreuves cette semaine et les résultats ne seront connus qu’en juillet. Il me tarde que tu sois fier de moi.

Sincèrement, ton 43.

Détour aux sources

Moi qui pensais avoir réussi à me détacher de toi. Tel épris qui croyait prendre…

Ce matin, Pôle, je revenais gratter à ta porte tel un amant déchu persuadé d’avoir trouvé son souffle au travers d’une âme sœur qui ne daigne lui adresser ne serait-ce qu’un regard. Inconsciemment, ou con tout court, peut-être étais-je en train de vouloir revivre nos premières amours. Oui Pôle, ce matin, je suis venu me réinscrire. Chez toi. Dans cette agence qui a fait de toi et moi un Nous. Mais pourquoi me diras-tu? Pourquoi m’infliger une telle épreuve si notre amour ne peut exister? La réponse est dans tes procédures. Jusqu’ici tu m’avais caché, tu avais pris grand soin qu’on ne me remarque pas parmi tous tes chômeurs de plus ou moins longue durée. C’est simple, je n’existais pas. Ce matin, j’avais décidé de m’affirmer et d’exiger un respect à la hauteur de mon rang. Celui de chômeur donc, de plus ou moins longue durée. Ma formation en CAP Pâtissier s’est achevée il y a quelques jours, cette étape de neuf mois pendant laquelle j’ai tenté de t’oublier. Mais rassure-toi Pôle, je ne compte pas rester, en tout cas pas longtemps. Le temps cependant de prendre tout ce que je peux dans la mesure de ce qui peut me revenir grâce à tes protocoles. Par exemple, la prise en charge du Stage Préalable à l’Installation (SPI), ce stage obligatoire pour tout artisan voulant s’installer. Tu m’avais dit que je pourrais y prétendre une fois ma formation terminée, c’est désormais le cas, me voilà. À l’accueil j’ai eu la chance de tomber sur ma conseillère préférée, car oui j’en ai une qui est ma préférée. Elle m’a remis tous les documents utiles pour cette fameuse prise en charge du SPI, elle a fait ça elle-même voyant que l’attente pour que je vois quelqu’un était… longue. C’est tout naturellement que j’ai à mon tour bondi sur cette énergie positive en me rendant sur le champ faire signer ces papiers à la Chambre des Métiers à quelques kilomètres de là, avant de revenir chez toi Pôle pour remettre lesdits papiers signés en bonne et due forme à ma conseillère préférée qui l’était toujours et qui était encore là. Le tout sur mon cheval blanc, évidemment.

Je suis de retour Pôle, nous sommes réunis pour le meilleur et tu connais la suite.