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245ème jour: en vain, en veine

Le mois d’août est entamé pour de bon. En théorie, d’après mes savants calculs, il resterait environ un mois avant que je me retrouve sur les bancs du CAP Pâtissier. Sauf que, en pratique cette fois-ci, avant ce matin il n’y avait rien, pas une nouvelle concernant mon inscription.

Alors ce matin, je suis allé voir Pôle. J’ai passé la porte d’entrée de manière tout à fait naturelle, léger sourire prêt à s’élargir au premier qui croisera mon regard, j’ai retiré mon fameux couvre-chef et me suis dirigé d’un pas assuré mais serein vers le pupitre d’accueil. Je reconnais immédiatement la conseillère à ce poste aujourd’hui, il s’agit de celle qui à l’occasion lit ce blog. Comme elle fait partie de mon public et que sans mon public je ne suis rien, vous comprendrez que j’ai une tendresse toute particulière pour elle. Je pourrais même aller jusqu’à penser qu’elle est la seule à comprendre ce que je raconte quand j’aborde mon désir de reconversion professionnelle. C’est dire.

Ca y est, c’est mon tour. Nous nous saluons avec ce regard qui nous permet réciproquement de dire « je sais qui tu es ». Puis c’est encore mon tour.

Moi : Je viens prendre des nouvelles de ma prescription pour le CAP Pâtissier.

Elle: Ah… Parce que personne de la région ou de la Chambre des Métiers ne vous a contacté pour donner suite ? Lorsque je les ai appelé, ils m’ont dit que votre nom était déjà sur leurs tablettes.

Moi : Non, rien. Personne.

D’ailleurs ce n’était pas tout à fait vrai. J’avais effectivement eu un contact avec la Chambre des Métiers quelques jours auparavant. Mais c’était pour m’informer que Pôle n’avait toujours pas fait les démarches me concernant. Comme j’étais plutôt de bonne humeur, j’ai gardé ce détail pour moi.

Elle : Alors nous allons regardé où tout cela en est, je me connecte sur le portail des prescriptions.

L’impression de déjà vu n’en est pas une. J’ai déjà vu, voire même revu.

Elle : Ah! Visiblement c’est bon. Les prescriptions sont ouvertes sur le site internet, je vais donc pouvoir vous pré-inscrire.

Moi: …

A cet instant, j’ai pensé qu’il serait judicieux que je m’évanouisse pour marquer le coup. J’avais aussi imaginé de faire retentir une corne de brume mais je me suis rapidement souvenu que j’étais parti de chez moi sans aucune affaire autre que mes papiers et mes clés. L’évanouissement a ce petit côté discret bien que potentiellement stressant pour le public et ne nécessite aucun accessoire, il avait tant sa place que son sens ici. Puis je me suis ravisé. J’ai opté pour un stoïcisme guerrier en l’honneur de cette victoire, petite mais méritée. Ca y était, enfin, j’allais être pré-inscrit pour le CAP Pâtissier. En l’espèce, cela ne sera à rien. C’est même très clairement écrit, et en gras s’il vous plait, sur le document que m’a remis la conseillère : « ce document ne tient pas lieu d’inscription en formation ». Parfois, Pôle tourne autour du pot ou a simplement du mal à se faire comprendre. Et parfois, il est tout à fait clair. Je réponds à quelques questions de civilité et voilà, trois ou quatre clics plus tard, me voici avec dans la main ma pré-inscription. La conseillère est soulagée, moi aussi bien entendu, et Pôle est ravi de constater que désormais la balle n’est plus dans son camp mais dans celui de la Chambre des Métiers qui doit désormais me convoquer pour un entretien individuel ou collectif. C’est comme ça que j’aime Pôle, quand je n’ai plus rien à lui dire ni à lui demander.

Vous connaissez désormais mon côté taquin. Si ce n’est pas le cas, je vous le présente tout de suite de manière illustrée. Sans cette pré-inscription, je ne pouvais pas espérer entrer en formation. La période de pré-inscription est assez délicate car elle débute et se termine en moins de temps qu’il n’en faut pour radier un chômeur. Conscientes de cette attention particulière à porter au calendrier de pré-inscription, deux conseillères m’avaient assuré qu’elles regardaient chaque jour si le portail était ouvert de manière à me pré-inscrire immédiatement, sans même que j’ai besoin de me déplacer chez Pôle. Un engagement de leur part que je ne leur ai absolument pas soufflé. Pourtant ce matin, les pré-inscriptions étaient possibles, allez savoir depuis quand.

Et si je n’étais pas venu, ce matin ?

239ème jour: l’hôpital et la charité

Pôle, comme je te l’ai déjà conseillé, si je peux me permettre, il devient primordial que tu recadres quelque peu tes troupes.

Cet après-midi, on parlait de toi à la radio, sur une grande chaine nationale. Derrière l’un des micros, il y avait une de tes secrétaires régionales, ou nationales peut-être, je dois bien avouer que je n’ai pas retenu son titre. Madame la Pleurniche comme j’ai décidé de l’appeler, venait expliquer à qui voulait bien l’entendre combien les conditions de travail des conseillères et conseillers de ta boutique étaient difficiles. Les usagers deviennent violents, toi Pôle tu ne donnerais pas les moyens à ton équipe de faire du bon travail, les suicides et les « simples » tentatives seraient devenus une pratique courante, sans parler des arrêts maladie qui auraient augmenté de… 300%. Alors non, Pôle, je ne conteste pas et je ne fais bien sûr pas l’apologie de cette violence. J’aimerais pouvoir convertir chacun de mes confrères à mon calme olympien face à l’incompétence caractérisée de tes disciples mais ils sont trop nombreux. Vraiment trop nombreux. A ce propos, ne lui en veut pas, mais Madame la Pleurniche n’a pas manqué de souligner cette incompétence touchant ses petits camarades pour illustrer la difficulté de leur quotidien. Tu sais, je n’ai pas choisi ce petit surnom par hasard, tu me connais maintenant. Ta secrétaire de je ne sais quoi est devenue Madame la Pleurniche à cause du ton qu’elle employait pour déverser sa complainte et de ces petits sanglots qu’elle tentait de jouer du mieux qu’elle pouvait pour tenir sa tonalité mineure. J’ai trouvé cela suffisamment grotesque pour décider de t’en parler directement. La violence, les suicides, le manque de moyen pour se sentir bien, vivant, pourquoi pas même utile, c’est aussi ce que vivent nombre de chômeurs. Ceux qui n’osent plus sortir de chez eux, quand ils ont un chez eux, de peur de se faire écraser encore davantage par un monde qui semble les rejeter, ceux qui se sentent humiliés, ceux qui ne peuvent plus subvenir aux besoins d’une famille qui demeure leur plus grande fierté, je pourrais citer des dizaines de catégories comme celles-ci. Pôle, crois-tu que Madame la Pleurniche sait comment peuvent finir ces gens-là ? Personnellement, je crois qu’elle sait, elle le sait très bien même. Mais elle, elle a un accès privilégié à la tribune qui lui permet de dire à des millions de personnes à son écoute que c’est elle qui vit le plus difficile. Madame la Pleurniche voulait être la première poule à caqueter, crois-moi elle a été brillante.  Loin de moi l’idée d’entrer dans la guerre des souffrances ou la compétition victimaire mais quand j’entends Madame la Pleurniche expliquer que ce n’est pas de sa faute, ni de la tienne Pôle, si les conseillers ne sont pas compétents à leur poste, alors j’ai soudainement envie… de ne pas te dire ce que j’aimerais lui faire. Oui, il y a l’échappatoire du manque de moyens. J’y ai cru pendant un temps. Jusqu’à ce que je comprenne qu’il y en a des moyens, les moyens par exemple de payer chaque mois les salaires de conseillers que l’on dit incompétents. Mais qu’on excuse. Parce que pour eux, c’est dur.

Pôle, un peu de dignité. Bordel.

235ème jour: non

Non, Pôle. Non.

Je ne me présenterai pas à ce rendez-vous que tu me proposes le 24 septembre prochain. Je ne me présenterai pas à ce rendez-vous dans ton intérêt, dans celui également de la conseillère que tu m’as gracieusement alloué, quoique je ne sois pas persuadé du titre gracieux de cette délicate attention. Tu sais Pôle, il est préférable pour toi que ce rendez-vous n’ait pas lieu, qu’il n’existe jamais. Pour une raison simple, s’il ne fallait en retenir qu’une. La voici: à cette date, si tu as bien travaillé, je serais l’heureux élève d’une classe de CAP Pâtissier, point d’honneur de ma reconversion professionnelle. Le 24 septembre prochain, si toi, ta bande de conseillers et moi en sommes encore à parler « suivi personnalisé de projet professionnel », je serais dans l’obligation d’oublier mes bonnes manières.

Pôle, il me semble t’avoir déjà demandé de ne pas laisser tes ordinateurs sans surveillance. A la moindre occasion, tes machines s’empressent de m’envoyer ces courriers formatés dont elles ont le secret, ce genre de torchon qui potentiellement peut mettre en danger l’intégrité physique du ou de la conseillère dont le nom figure en introduction. Je te l’avoue sincèrement, je préfère de loin le regard vide de tes collaborateurs aux travaux binaires et autonomes de ta machinerie informatique.

Moi qui m’imaginais que tu m’apportais une bonne nouvelle, une avancée, même un pas, un seul. Tu vois comme je suis naïf sous mes grands airs. Ma semaine de vacances était jusqu’alors des plus agréables. Tu as ce don pour tout gâcher.