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124ème jour : au tableau

5ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

Le meilleur moment de mon premier stage en pâtisserie était sans aucun doute l’après-midi d’aujourd’hui. Le meilleur moment, jusqu’au prochain. J’ai travaillé, disons plus exactement « j’ai appris », aux côtés d’un pâtissier que j’avais rencontré hier pour la première fois. C’est bien simple, il m’a donné un véritable cours de pâtisserie mêlant théorie et pratique autour du tiramisu. Il s’agissait de la première fois de la semaine que j’entrais dans le détail de certains tours de main comme la poche à douille ou la spatule, qu’elle soit plate ou coudée. Clou du spectacle, le chef est entré dans le laboratoire durant ce que je considère désormais comme ma première leçon et a pu y aller de ses conseils à mon égard. C’est en les voyant tous les deux exécuter parfaitement les gestes, chacun avec son petit plus d’ailleurs, que j’ai pu jauger le chemin qu’il me reste à parcourir pour atteindre ce niveau d’aisance. Il n’en fallait ni plus ni moins pour hausser encore ma motivation d’un ton. Le chef en a profité pour me dire que la semaine prochaine serait en ce qui me concerne essentiellement dédiée à ce type de travaux pratiques.

Pour conclure cette première semaine, j’ai eu un document à signer. Devinez qui voulait tout savoir. Oui, c’est bien lui. Pôle. Pôle qui avait omis de m’évoquer l’existence d’un dispositif me permettant de réaliser des stages, Pôle qui tient à ne rien faire lorsqu’il s’agit de trouver une entreprise, Pôle qui joue l’intimidation en invoquant l’esprit malin de la radiation pour celui qui sèchera les jours de stage, Pôle qui ne fait rien, non rien de rien, Pôle qui ne regrette rien. Pôle qui ne regrette rien et qui n’a pas mal à l’arrière-train en jouant la carte de la filature. En y réfléchissant, c’est plutôt malin. Sait-on jamais, à force de chercher il pourrait finir par trouver, enfin par inventer, une raison dont il validerait lui-même le caractère recevable et m’inscrire sur son fameux tableau de chasse des radiés. Qui dit radiation dit disparition des statistiques du chômage. Habile…

Croyez-vous qu’on puisse humainement avoir la tête sur les épaules et l’esprit mal placé ?

123ème jour : cours particulier

4ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

C’est ce qu’on appelle, enfin ce que j’appelle, une bonne grosse journée. Jusqu’à présent, mes journées de travail lors de mon stage en pâtisserie étaient matinales et prenaient fin à l’heure du déjeuner. L’heure de faim en somme. Aujourd’hui, vous prenez la même recette de base et vous y ajoutez une pincée d’heures que vous répartissez dans l’après-midi. Vous obtenez ainsi une bonne grosse journée. Elle fut riche d’enseignements tout en reprenant les fondamentaux des jours précédents : tartes et tartelettes aux fruits, îles flottantes, pâte à choux, dans des volumes plus importants qu’hier mais bien moins que demain, effet week-end oblige. Pour autant, le chef a pris quelques minutes pour venir voir ce que je faisais de plus près. J’étais à mon poste, poche à douilles en main, le geste technique par excellence du pâtissier. Il m’a alors fait une démonstration, m’a conseillé, il a corrigé mon geste, m’a refait une démonstration. Cela n’a duré que quelques minutes mais j’ai entendu et vu des choses que personne jusqu’ici ne m’avait expliqué directement. Masterclass expresse, masterclass quand même.

Demain, même heure, même endroit. Mais d’abord, pyjama.

120ème jour : ne pas avoir froid aux yeux

1er jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

Aucun imprévu, un planning respecté, j’ai mis mon premier pied dans le monde professionnel de la pâtisserie ce matin. Tant que j’y étais, et pour ne pas me faire remarquer d’une drôle de manière dès le premier jour, j’ai immédiatement mis le second pied. Une belle manière pour moi de démontrer que mon projet de reconversion professionnelle n’est pas bancal. A peine arrivé dans le laboratoire, mon premier constat est sans appel : il va falloir que je m’habitue à la fraicheur. Enfin au froid. Bref, il ne fait pas chaud ici. D’ailleurs, l’une des premières phrases que m’a dit le chef est qu’il allait me falloir « prendre l’habitude du froid ». Vous voyez que je ne vous dis pas n’importe quoi, même le chef le dit. Alors oui, évidemment, ce n’est pas le froid dans lequel se meut chaque jour un employé du rayon des surgelés du même hypermarché mais bon, avant dans mon bureau, j’avais la climatisation réversible. Ah la reconversion…

Après ce choc thermique, me voici pour la première fois dans une tenue de pâtissier, une vraie tenue de vrai pâtissier. Une paire de chaussures de sécurité spéciale laboratoire, une veste, un tablier, une charlotte, l’illusion était parfaite. Il ne me restait plus qu’à apprendre le métier pour ne pas avoir l’air d’un comédien de scripted-reality doublé pour chacun de ses gestes. Un détail quoi. Alors allons-y. Très humblement, et c’est suffisamment rare pour que je le précise, j’imaginais faire ce stage pour de l’observation essentiellement voire uniquement, chose que j’aurais trouvé tout à fait normale. Ca et faire des cafés pour tout le monde, passer le balai, vider les poubelles et pourquoi pas faire des photocopies si le métier le nécessite. Une vie de stagiaire en somme. Finalement, il n’en fut rien, j’ai très rapidement été sollicité pour passer à l’action ce qui allait me permettre de me réchauffer. D’ailleurs je ne croyais pas si bien dire, voilà que je me retrouve avec un chalumeau dans les mains. Sur la matinée j’ai donc alterné entre les tartes au citron meringuées, les charlottes et autres entremets, les spatules, les poches à douilles, le tout sous l’oeil bienveillant de l’un des pâtissiers qui semble-t-il sera mon formateur personnel cette semaine. Cela ne flatte pas mon égo qui pour le coup a pris un coup de froid lui aussi, mais j’ai apprécié me retrouver dans des situations inconnues, à tenter de reproduire tant bien que mal des gestes que je n’avais jamais fait, du moins pas avec la bonne technique. Jusqu’ici j’écrivais la reconversion, depuis ce matin et pour dix jours, je commence à la vivre.

J’ai terminé mon premier jour sans avoir servi ni café ni fait aucune photocopie d’aucune sorte. Pour personne.