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Tomber dans le panneau

Ca y est. J’ai mon panneau. J’espère que personne ne tombera dedans.

Ah les coïncidences… Bienvenues ou malvenues, elles sont là. Et c’est cette part de mystère qui fait leur charme. Depuis hier, le fameux panneau illustré présentant les bonnes pratiques d’utilisation a été posé sur le site des poubelles de mon jardin. Ce sont deux agents municipaux qui s’en sont chargés et qui, me semble-t-il, en ont profité pour en déposer sur d’autres sites de la commune. J’ai cru déduire également qu’ils avaient aussi ramassés les déchets qui se trouvaient ça et là et qui n’avaient pas pu être collectés par la benne, à savoir par exemple du vitrage et des câbles électriques. Voilà une mission rondement menée qui répond pour cette fois à la question: qui ramasse si ce n’est pas la benne ? Je dis « pour cette fois » car je ne sais pas s’il fait partie de la mission des agents municipaux de passer régulièrement sur les sites de poubelles enterrées et semi-enterrées pour ramasser la merde jeter par les cons et que la benne n’aura pas pu collecter. Je ne sais pas, je n’ai pas l’information, à juste titre puisque encore une fois il est bon de rappeler qu’aucune règlementation officielle en la matière n’existe, précisant par exemple les droits et les devoirs de chacun, y compris les décideurs, qu’il s’agisse de l’installation ou encore de l’entretien de ce nouveau matériel. Matériel fixe je le rappelle, non mobile, et donc susceptible de fournir un service à un endroit bien identifié mais également de créer des problèmes toujours au même endroit bien identifié. Le seul élément règlementaire que l’on connait est la sanction encourue pour « décharge sauvage », texte déjà existant et recyclé pour l’occasion. Pour le reste, rien. En matière de coïncidence, j’ai noté également aujourd’hui qu’à Champcevinel aucune poubelle n’était en vrac, pas de sacs qui dégueulent, pas de décharge improvisée. Deux options pourraient expliquer ce phénomène: tout d’abord une fréquence de passage de la benne plus élevée. Chez moi les poubelles jaunes ont déjà été vides deux fois pour cette semaine, les noires une fois. Ensuite, les cons ont peut-être pris conscience de leur état et se sont alors décidés à réfléchir et/ou à lire le fameux panneau explicatif illustré, celui qu’il faisait mine de ne pas voir ou de ne pas comprendre. Peut-être qu’il s’agit de tout ça à la fois et simplement de coïncidences.

Je n’ai pas eu de nouvelle de Monsieur Protano. Il n’a pour le moment pas donné suite à mon invitation à prendre le goûter dans mon jardin. Peut-être est-il en vacances, possible. Peut-être que je ne suis pas assez influent pour lui ce qui est sans doute la vérité, probablement. C’est dommage parce que j’avais encore pas mal de questions. Par exemple j’aurais aimé parlé de sécurité sur les sites de poubelles enterrées. Les heureux utilisateurs que nous sommes peuvent faire rapidement deux constats rien qu’en observant des choses simples: d’une part la profondeur d’une poubelle semi-enterrée comme celles de mon jardin et d’autre part la taille de l’ouverture par laquelle on introduit les sacs, pour celles et ceux qui ont compris que c’est bien à l’intérieur que l’on met son sac bien entendu. Inutile de sortir le mètre laser pour comprendre qu’un enfant aura tôt fait de tomber au fond de la poubelle si jamais il lui venait l’idée de s’y pencher pour une raison que seul un enfant envisagerait. Un enfant, ou un mec bourré d’ailleurs. Et qu’on ne vienne pas argumenter en disant qu’il s’agit d’une recherche de petite bête ou que ces situations sont parfaitement improbables car le principe même de la sécurité est d’envisager ce genre de choses. C’est d’ailleurs ce qui a été fait dans les déchèteries du département dans lesquelles après quelques accidents il a été décidé de réhausser les bennes de manière à éviter les chutes de remorques maitrisant mal la marche arrière par exemple. Ces travaux ont coûté un bon paquet pour dans un premier temps aboutir à des équipements non conformes. C’est con, c’est payé. Il a fallu revoir la copie et (re)passer à la caisse. Remplacez les remorques par des enfants et les bennes de la déchèterie par les poubelles de mon jardin et on y est. N’est-ce pas Monsieur Protano. Non c’est vraiment dommage que l’élu en charge des déchets ne vienne pas prendre le goûter chez moi parce que j’aurais voulu prendre des nouvelles des deux rippers, autrefois appelés éboueurs, que l’on ne voit plus dans les bennes maintenant que le chauffeur collecte seul. Où sont-ils passés ? Reclassés ? Il y avait beaucoup d’intérimaires qui eux sont retournés intérimer, mais les autres ? Comme dirait un ami à moi, on entre là dans « les catacombes de la fonction territoriale ». Et tant qu’on y est, la taxe sur le traitement des ordures ménagères, tout le monde en parle mais personne n’a de réponse. Maintenant que les contribuables ont vu des services leurs être supprimés, vont-ils bénéficier d’un recalcul de cette taxe ? A la baisse, il va sans dire. Réponse officieusement officielle, ou l’inverse d’ailleurs: non, les contribuables ne verront pas cette taxe baisser dans les premiers temps car il va falloir amortir le coût des nouvelles bennes et la formation des chauffeurs. Et après ces premiers temps qui, mais on va encore dire que je vois le mal partout, risquent étrangement de durer ? Attention, accrochez-vous, voici la réponse des décideurs: « après, on verra, on ne sait pas encore comment ça va se passer. » En résumé, lorsqu’il s’agit de ne pas songer à une réduction d’impôt il y a un argument clair en face. Lorsque cet argument ne tient plus et qu’il faudrait acter un nouveau calcul de l’impôt, on ne sait plus et on verra bien. Il y a tout de même la dedans une forme de cohérence dans la stratégie de nos chers élus.

En Dordogne on enfouit les ordures, on ne les incinère pas. Par contre, qu’est-ce qu’on nous enfume!

Mr Protano

Cher Monsieur Protano,

Pour commencer je trouvais assez amusant de vous préciser que mon correcteur orthographique, ce symbole de la dactylographie moderne, a fait de vous pendant quelques secondes un M. Proton. Je n’irais pas jusqu’à penser que vous soyez le coeur ni même le noyau d’un problème atomique mais cela m’aurait embêté d’écorcher le nom de mon interlocuteur maintenant que j’en ai un.

J’ai pu lire votre positionnement sur le sujet « poubelles » dans les colonnes de la presse locale et j’ai bien cru que vous aussi vous cherchiez à enfouir quelque chose. « Si on avait demandé à chaque administré où il voulait qu’on les mette (les poubelles), on ne les aurait jamais posées! ». Oui, Monsieur Protano, je suis entièrement d’accord avec vous. A ma toute petite échelle, j’encourage moi aussi à ne pas chercher sans cesse l’unanimité. Il est parfois des choix difficiles dont on sait qu’ils seront mal compris, cela ne les rendant pas moins indispensables. Mais je crois que secrètement, vous savez parfaitement que ce n’est pas ça le problème et qu’avec une telle déclaration vous tentez d’introduire des éléments de langage qui n’ont pas eu le temps d’être préparés. Non, vous n’auriez pas pu avancer sur le sujet si vous aviez demandé l’avis de chacun. Pour autant, et là c’est votre mission, votre rôle d’élu qui vous y oblige, vous aviez à décider, oui, mais aussi à expliquer de façon claire et précise. Des explications sur la nature même de ces nouvelles installations, sur le calendrier des travaux, le nombre de poubelles déployées, sur le pourquoi vous avez jugé que tel emplacement était « judicieux » (c’est le terme que vous avez employé). Vous aviez même jusqu’à prendre le temps d’aller plus loin avec les cas particuliers dont je fais malheureusement partie mais persuadé que je ne suis pas le seul. Pour rappel cependant, dans mon cas les sacs sont empilés contre ma clôture allant jusqu’à dépasser celle-ci. Ceci est un autre problème lié aux incivilités, j’en conviens et j’y viens peu après. Je ne doute pas qu’il y ait eu un « travail colossal » fourni par les concernés. Mais ce travail ne pouvait être valorisé que par de la pédagogie en amont ayant pour matières premières les quelques bribes que je viens d’évoquer, non exhaustives et nullement développées. Vous ne l’avez pas fait. Je reste pourtant persuadé qu’entre vous, lors de vos nombreuses réunions, il n’y a pas eu un seul instant où vous n’avez évoqué les mécontentements de la population possibles et légitimes d’ailleurs si aucune explication ni argument ne s’y oppose. Quelle est donc cette forme de masochisme administratif dans laquelle on sait que l’on va prendre des coups alors même qu’en bonne intelligence il était possible de jouer la transparence ? Cette transparence aurait-elle éviter les mécontents ? Non, évidemment. Mais chacun savait à quoi s’en tenir. Tout le monde avait l’intégralité des éléments avant de se trouver face au fait accompli. J’irais même jusqu’à dire que cette attitude de votre part aurait été plus qu’intelligente, elle aurait été maline. On ne pouvait rien vous reprocher, tout simplement parce qu’en agissant en toute transparence on ne devrait rien pouvoir vous reprocher. Vous avez choisi une autre option, plus brutale. Mais plus brutale pour tout le monde, y compris vous. Vous avez choisi le « on fait et on verra bien ». Vous annoncez qu’une fois que les 600 poubelles auront été déployées sur le secteur, « tout ira bien ». Je vous fait une comparaison amusante, une métaphore deux étoiles. En finale de coupe du monde, Didier Deschamps sort N’Golo Kanté à la 55ème minute de jeu alors que jusqu’à présent il était, et de loin, le meilleur joueur de la compétition. Mais ce soir-là, ça ne marchait pas, Kanté était à côté de la plaque. Le sélectionneur décide de le sortir à juste titre. S’il avait attendu la 90ème minute, la France aurait comme qui dirait joué à 10. Ceci pour vous dire qu’il est toujours temps de corriger le tir en cours de jeu si ça ne fonctionne pas. Pas la peine d’attendre la 600ème poubelle. Les stratégies sur papier sont une chose, il y a ensuite la vérité du terrain.

Monsieur Protano, votre première déclaration au sujet de ce nouveau système de collecte des ordures était maladroite. Elle donne aux riverains, administrés, habitants, à toutes ces personnes que vous êtes censé représenter, un sentiment amer. Ces personnes sont sans doute les « 99% qui respectent les consignes » comme vous dites. Mais sur le fond comme sur la forme, il est intéressant que les consignes ne passent pas pour des ordres. Pour cela il faut parler, en amont, et ne pas attendre en croisant les doigts pour que ça n’arrive pas, que quelqu’un monte au créneau.

Monsieur Protano, je l’ai déjà dit et je le répète, cet évident manque de communication ne sera pas le problème à l’avenir mais vous devez tout de même le prendre en considération et rectifier le tir. C’est un conseil que je vous donne et moi, je suis personne et d’une certaine façon tout le monde à la fois. Vous en ferez bien ce que vous voudrez. Le problème à l’avenir sera l’utilisation des poubelles par les usagers, c’est certain. Quelle place avez-vous accordé à ce sujet ? Quelles mesures avez-vous envisagé qu’il s’agisse de prévention ou de répression ? Avez-vous seulement envisagé quelque chose ou bien vous êtes vous arrêté au fait que les gens se foutent de tout ? Vous dites que dans votre commune vous avez installé des « panneaux écrits en très gros » ? Je crois qu’on est loin du compte mais d’une certaine façon je comprends votre impuissance mais je ne me l’explique pas. La décharge sauvage est un délit. Sur les sites de poubelles enterrées ou semi-enterrés, on peut donc considérer que plusieurs délits par jour sont commis et cela 7 jours sur 7. En toute impunité. La solution viendra-t-elle de la prévention, de l’information ou de la répression, allez savoir. Je tenais à ce que ce constat soit fait. Le sujet est complexe, je l’entends. Mais si les responsables baissent les bras et s’affichent comme impuissants face à cette forme d’anarchie, le message est brouillé. Ou trop clair peut-être. On pourra toujours dire que nos sociétés ont des problèmes bien plus importants. Je ne suis pas certain que ce soit vrai, je crois même qu’en fait tout est lié avec l’homme en dénominateur commun. En arithmétique, on apprend à résoudre les problèmes en cherchant un dénominateur commun. Nous, nous connaissons ce dénominateur. On devrait pouvoir résoudre le problème.

Je vous souhaite une réussite totale dans ce dossier « puant » M. Protano. Et je serais ravi de vous accueillir chez moi, dans mon jardin près des poubelles, autour d’un bon goûter pour discuter un peu plus de tout ça.

Au plaisir.

Les cons ça pose tout.

Deux jours après l’incident impliquant un ouvrier et ma clôture, celle-ci fut réparée par le fautif. J’ai donc pu à moitié pardonner, comme le veut l’adage.

En réalité, tout cela n’est qu’une partie du problème. Ce chantier sauvage, cette non-information, non-concertation, non-réflexion même. L’origine certes, mais une partie seulement. L’autre partie du problème pourrait vite s’avérer bien pire et presque irrémédiable. Il s’agit… des gens. Pour donner de la matière à ceux qui trouveraient mon discours inapproprié, futile voire même un peu hautain, je ne résiste pas à l’envie de déclarer que les gens sont des cons en plus d’être des porcs. Le problème, c’est que je fais aussi partie des gens et que donc potentiellement j’entre dans le cadre de cette description à la fois osée et spontanée. Soit. Imaginons quelques instants les gens, chez eux, dans leur propre maison. Soyez très attentif à l’action qui va suivre. Monsieur ou Madame (ou leurs enfants) se lèvent de table en tenant à la main une assiette avec quelques déchets. S’approchant de la poubelle située pourquoi pas dans la même pièce, où pensez-vous qu’ils vont jeter leurs déchets ? Réponse A: dans la poubelle. Réponse B: à même le sol, sur le carrelage, en se disant que quelqu’un d’autre finira bien par nettoyer. Ne tournons pas autour du pot, ni même de la poubelle, il fallait bien entendu opter pour la Réponse A. Donc, résumons. Chez lui, dans sa maison, le gens jette ses ordures dans sa poubelle. Mais une fois que ladite poubelle sort de sa maison à lui, il se fout bien de savoir où elle finira. Voici pourquoi, selon ce raisonnement imparable, le gens décide une fois arrivé face aux poubelles enterrées de les déposer tout d’abord au sol, puis ensuite par dessus les sacs au sol et finalement contre mon grillage, selon les règles d’un jeu d’adresse et d’équilibre qui se terminera sans aucun doute par une chute de sacs poubelle dans mon jardin. Cela fait environ une semaine que l’on peut venir composter contre mon grillage. Si seulement au moins c’était du compostage… Mais pourquoi se priver ? Absolument aucune mention sur place n’explique le fonctionnement de ces poubelles ni même les sanctions encourues en cas de « débordement ». C’est tellement mignon cette naïveté des décideurs qui ont pensé que les gens étaient bien élevés, responsables voire même éco-responsables. Ca me donnerait presque envie de glisser sur un arc-en-ciel à dos de licorne. Coeur avec les doigts sur vous et toutes vos réunions. Petite illustration récente. Après à peine une semaine d’utilisation, la poubelle jaune déborde déjà signant donc le début de l’happy hour et des sculptures en sacs poubelles. J’ai alors pensé qu’en plus des autres aberrations, les bacs avaient été sous dimensionnés. En m’approchant, j’ai trouvé une autre explication. Un con, oui oui je vous assure c’est comme ça qu’on dit, avait probablement rééquipé toute sa maison en matériel hi-fi, vidéo et autre électroménager. Dans cet élan de joie et pour profiter au mieux de son nouveau confort, le con décide d’aller jeter les emballages de son tout nouveau matériel. Arrivé devant ce que j’appellerai les poubelles de mon jardin, il décide d’enfouir les cartons entiers ainsi que des barres de polystyrène dans la trappe de la poubelle. Et il a du sans doute forcer pour que ça rentre, le con! Hé, mon con, dans cette poubelle d’un jaune éclatant que tu viens de gaver autant que tu m’as gavé moi, on n’y jette que des sacs de la même couleur, qui eux-même contiennent uniquement des matières « autorisées ». Pour le reste de tes conneries, il y a les déchèteries. Allez expliquez à ce con, et à ces con-génères, qu’il est avec ce con-portement l’une des causes du dérèglement climatique. Qu’en se débarrassant de ces ordures comme il le fait il ne permet pas le recyclage et participe donc à la surproduction, surconsommation, etc… Enfin non ne lui expliquez pas, parce qu’il ne va pas comprendre le rapport, le chemin est trop long. Ne lui parlez pas non plus de respect ou d’incivilité il vous dira qu’une poubelle est une poubelle. D’ailleurs ne lui parlez pas. Ou faites le tri.

En matière de sacs poubelles, les cons ça pose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait.