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100ème jour : bilan d’incompétence

Cent jours. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça passe vite. Je me souviens du 99ème jour comme si c’était hier.

Il y a cent jours donc, mon désormais ex-patron décidait, dans notre intérêt à lui, de me faire signer une rupture conventionnelle de contrat. Je profitai de cette mésaventure pour m’ouvrir les portes vers la voie de la reconversion professionnelle, j’ambitionnais de devenir pâtissier. Je réaliserai quelques jours plus tard que les portes que je comptais ouvrir allaient nécessiter un bon serrurier. Si vous tombez sur ce billet par hasard, c’est que ce dernier fait décidément bien les choses mais qu’il vous faut lire les précédents récits pour comprendre que toute cette aventure est à n’y rien comprendre. En particulier chez Pôle.

En cent jours, j’ai rencontré cinq conseillers différents, le dernier rendez-vous m’ayant permis de rencontrer celle qui m’est présentée comme ma conseillère personnelle. Celle-ci m’a d’ailleurs précisé en fin d’entretien que la prochaine fois que je viendrais je ne serais pas obligé de la demander elle précisément, ses collègues étant théoriquement aptes à répondre à mes demandes. Comme je suis d’un naturel courtois avec la gente féminine, y compris lorsqu’elle est désagréable, je ne me suis pas permis de la questionner sur le sens profond de la notion de « conseiller personnalisé » face aux recommandations qu’elle venait de me faire. Tout le monde il est beau, tout le monde il est mon conseiller, j’espère que mes camarades chômeurs ont eux-aussi la chance d’être si bien entourés. En cinq entretiens chez Pôle, je n’ai rien appris, aucune information que je n’avais déjà trouvé. L’essentiel est bien d’avoir la bonne information, j’en conviens. Mais tout de même. Comment expliquer que les seules tentatives d’indications fournies par la ribambelle de conseillers que j’ai rencontrée étaient toutes à côté de la plaque ? L’un m’envoie vers la Chambre de Commerce et d’Industrie quand il faut me parler de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat, l’autre pense que je veux créer une entreprise de sites internet et que je suis pâtissier de métier. Ceci est un échantillon gratuit et ne peut être vendu séparément si on veut comprendre le fond du problème. Tenter de comprendre. Le marché de l’emploi est un sujet épineux pour tous, pour les opérateurs de Pôle, pour les employeurs, pour les chômeurs, pour l’Etat. Il est difficile de jeter la pierre à qui que ce soit mais il est encore plus difficile de ne pas la jeter, cette foutue caillasse, à la face de l’un des cinq conseillers dont j’ai croisé le chemin et qui prendra pour tous les autres. Au sens figuré, bien entendu. Pour l’instant. Est-ce un manque de formation qui aboutit à tant d’incompétence, des problèmes d’effectif, un ras-le-bol de la profession, une envie d’ailleurs ? Je n’en sais rien et je ne veux pas le savoir, ce n’est pas mon problème. Il est souvent question des fraudeurs à l’allocation chômage mais comment appelle-t-on les conseillers qui ne remplissent pas leurs fonctions ? N’y a-t-il pas en conséquence une sorte de fraude, n’est-ce pas le travail qui mérite salaire ?

Cela n’est pas évident à la première lecture, mais je fais un effort immense pour ne pas généraliser. Après avoir vu cinq personnes différentes, c’est dur. Dur de s’imaginer qu’elles ne sont pas toutes comme ça. Une chose est sûre, elles ne font pas honneur à leurs collègues consciencieux. La meilleure option qui m’a été proposée est d’attendre patiemment le mois de mai prochain, date à laquelle ouvriront les inscriptions pour le CAP Pâtissier. Pas de plan B. Et rien en attendant. Alors, après avoir lutté contre la morosité ambiante, j’ai décidé de moi-même de trouver des stages en entreprises, de réaliser un bilan de compétences, en bref de mettre toutes les chances de mon côté. A aucun moment Pôle et sa bande ne m’ont évoqué ces options pour lesquelles ils ont pourtant des dispositifs, des conventions… des solutions. Pour être tout à fait honnête, je pensais être un privilégié en arrivant là où j’en suis, fort d’une expérience professionnelle riche et d’un projet de futur plutôt clair et pour lequel je peux argumenter. Aucun des conseillers, pas même celle qui est ma référente, ne m’a demandé pourquoi je voulais faire des stages, quel était l’objet de mon bilan de compétences, le coeur de mon projet. Tous se sont contentés de me faire signe au bas d’un courrier formaté en me demandant d’attendre pour acceptation. Alors j’attends.

Grâce à Pôle, je réalise un rêve d’enfant, apprendre à faire le moonwalk de Michael Jackson. Les yeux fixés vers face à moi, je marche en arrière.

20ème jour : les traits tirés

Je vous parle d’un temps que les lecteurs de moins de 20 jours ne peuvent pas connaître.

J’ai profité de cette journée pour tirer le dernier trait de la croix qu’il me revenait de tracer dans la case de l’encadré n°6 de ma demande d’allocation. J’ai voulu être minutieux, créatif tout en restant réactif, avec la ferme intention de marquer de mon empreinte les archives de Pôle. Après moultes tentatives, différents essais de tailles et de couleurs, j’ai fini par opter pour une croix à la fois traditionnelle et parfaitement identifiable, le genre qui te fait gagner avec la manière une partie de morpion. Je glisse ce chef d’oeuvre dans ma plus belle enveloppe kraft en m’imaginant l’ignorance du facteur qui n’aura pas idée de ce qu’il est en train de distribuer. Demain, j’affranchis.

Après avoir récupéré de cet excès de concentration, je décidai de valider le planning de la semaine à venir.  J’allais franchir un cap et faire le premier pas vers celle qui vraisemblablement serait MA conseillère chez Pôle. Ses nom, prénom et adresse électronique m’avait été discrètement communiqués par sa copine précédemment rencontrée, j’avais la ferme intention d’en faire bon usage. J’établis donc la liste de toutes les options dont j’ai connaissance pour accéder au CAP Pâtissier, les différents établissements susceptibles de m’accueillir, un topo sur le « candidat libre » sans oublier le canular téléphonique dont j’ai été victime quand il a fallu appeler la CCI sur recommandation de la maison. Je m’imagine déjà dans ce costume d’inspecteur passant ma conseillère au détecteur de mensonges pendant les trente minutes durant lesquelles je la garde à vue. En somme, le même type d’interrogatoire auquel me soumettra Pôle chaque début de mois pour me garder à l’oeil. Dès le premier rendez-vous, je choisis le rentre-dedans au risque de paraître trop entreprenant. Les séances quotidiennes de speed-dating de mon hôtesse doivent lui sembler routinières d’autant qu’elle ne choisit pas ses prétendants, il faut que je me démarque.

Ce soir, j’aimerais croire au Père Noël.

Nota bene : profitez de votre dimanche soir pour faire un tour dans la rubrique « Rétro » dans laquelle vous retrouverez l’épopée de ces 20 derniers jours.

 

15ème jour : terrain miné

Vous voulez rire de quelle couleur ? Personnellement, je choisis jaune. Ce 15ème jour est à lui tout seul une compilation des meilleurs morceaux de Pôle remixés par ses conseillères et conseillers. Et je viens aujourd’hui de m’en faire offrir un exemplaire, un cadeau de Noël livré en plusieurs colis avec près de trois semaines d’avance.

Dans le premier colis, il y avait un mail de Pôle, présentant la synthèse de nos retrouvailles d’hier. Je suis persuadé, absolument convaincu que vous, bien chers lecteurs, avec vos capacités intellectuelles plus ou moins visibles à l’oeil nu, vous seriez capables en deux phrases de résumer mon projet de reconversion professionnelle ainsi que l’objet de mes recherches actuelles.  Croyez-le si vous le voulez, mais la conseillère de Pôle a résumé ma situation en écrivant que j’étais à la recherche d’un poste de pâtissier en CDI, à temps complet, dans un rayon de 50 kilomètres autour de mon domicile. Elle a tout de même vu juste sur un point, elle ne s’est pas trompée de métier. Pas un mot sur ce qui est à la fois ma volonté et un passage obligé, l’accès à la formation du CAP Pâtissier et son financement. Rien. Il n’est que 8h47 à cet instant, j’ai beau être matinal, vous connaissez la suite.

Les deuxième et troisième colis m’avaient été remis hier par la conseillère. J’avais attendu cet après-midi pour les ouvrir. Ils contenaient chacun un numéro de téléphone. Par chance, je sais lire les chiffres arabes (ce qu’il faudrait peut-être que j’ajoute à mon CV), je décidai donc d’appeler le premier numéro : la Chambre de Commerce et d’Industrie. Vous vous souvenez, la conseillère de Pôle m’avait expliqué hier que la CCI proposait le CAP Pâtissier dans sa formule « formation conventionnée », celle-là même qui ouvrait les portes d’un financement. Je commence par la prise de contact réglementaire avec la standardiste.

Moi : « Bonjour, je cherche à joindre une personne qui pourrait me renseigner sur le CAP Pâtissier que vous proposez. »

La standardiste : -« Ce n’est pas plutôt la Chambre des Métiers que vous cherchez à joindre ? »

Soudain, une puce s’invite à mon oreille. La standardiste ne semble pas au courant que l’établissement pour lequel elle filtre les appels propose le CAP Pâtissier. C’est alors que je lui donne le mot de passe :

Moi : – « Je viens de la part de Pôle ».

La standardiste transfère immédiatement mon appel vers un interlocuteur dont elle ne me donne ni le nom ni la fonction. C’est un homme. Je sens dans sa voix qu’il a connu cette époque où mettre des coups de règle sur les doigts d’un élève n’était pas passible du tribunal correctionnel, je perçois en même temps sa nostalgie à ce sujet. Je re-présente mon cas de la même manière qu’avec la standardiste. Lui décide de me renvoyer vers ce qu’il appelle « l’école » et me donne un autre numéro de téléphone. Bon élève, j’appelle. Je tombe sur ce qui me semble être le « bureau de la vie scolaire », je n’en ai pas la certitude car l’inconnu qui a pris mon appel s’est contenté d’un « allo ». Je re-re-présente mon cas de la même manière qu’avec la standardiste et l’instituteur nostalgique. Lui décide de me renvoyer vers sa collègue. Après les chiffres arabes, le téléphone. Tous ces transferts d’appels ont fonctionné, ce qui est tout de même le point positif de cette étape. Ainsi, je re-re-re-présente mon cas de la même manière qu’avec la standardiste, l’instituteur nostalgique et l’inconnu de la vie scolaire. Morceaux choisis :

Elle : – « C’est Pôle qui vous a dit de contacter la CCI pour suivre le CAP Pâtissier ? »

Autant vous dire qu’elle était remontée en me posant cette question.

Moi : – « Euh… oui. On m’a même précisé qu’avec la CCI la formation était conventionnée et donc prise en charge. »

Elle : – « Quoi ??? »

Je vous avais dit qu’elle était remontée.

Elle : – « C’est aberrant après tout ce temps que Pôle envoie encore des demandeurs d’emploi vers la CCI quand il s’agit du CAP Pâtissier. C’est la Chambre des Métiers qui s’occupe de cette formation ! Avez-vous le nom de la personne qui vous a dit ça ? »

Là, j’ai été grand seigneur. Je n’ai pas donné de nom. Bon OK, je n’avais pas le nom de la conseillère. Je ne l’ai pas non plus complètement balancé au moment d’ouvrir le troisième colis. Là aussi j’ai téléphoné. Et j’ai re-re-re-re-présenté mon cas. Mais là mon interlocutrice m’a stoppé dans ma tirade en s’étonnant que je la contacte puisqu’elle ne se trouve pas sur mon département. Inutile que je m’étale sur la suite de cet appel, ce colis également expédié par Pôle était piégé lui-aussi.

Et puisqu’il était question de rire dans l’introduction de ce billet, sachez que la dernière personne que j’ai eu à la CCI (celle qui était remontée et voulait connaître le nom de mon indic chez Pôle) m’a donné son nom à elle. Elle s’appelle madame Paul.

Running gag.