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Y’a quelqu’un ?!

Pôle, je suis de retour.

Oui, cela fait des semaines, peut-être bien des mois. Je n’ai pas compté avec précision car je sais que tu n’es pas très à cheval sur les délais, toi et les mystères de ton espace temps. Cela fait longtemps disais-je que je ne t’ai plus fait le moindre signe ici, sur cet espace que pourtant un jour j’avais décidé de te dédier. Mon attachement à toi est intact par la force de l’actualisation mensuelle et du numéro de matricule mais figure-toi que mon blog a tout simplement été hacké. Un beau jour j’ai été informé qu’une sorte d’intrusion venait de se produire et que des « fichiers malicieux » trouvaient désormais leur bonheur dans les lignes de code de mon blog. Sérieuse affaire visiblement puisqu’apparemment je mettais en péril tous les administrés de mon fournisseur d’accès. Rien que ça. La seule solution était donc de m’imposer une fermeture temporaire à durée indéterminée, le temps d’un nettoyage en règle. Bien sûr Pôle, tu n’as aucun lien avec cela n’est-ce pas ? J’ai tout de suite mis tes conseillers hors de cause. Je les ai vu se servir d’un ordinateur, il est techniquement impossible qu’ils soient parvenus à orchestrer une attaque de cette ampleur. Mais alors qui ? Va savoir. Mais l’essentiel est que je sois de retour non ?

Il s’en est passé des choses depuis tout ce temps. Je suis toujours à l’école, tu te souviens peut-être que je travaille pour obtenir mon CAP Pâtissier, moi, Yohan Grangier, 31 ans et 20 mois, futur reconverti professionnel. Allez, dis-moi que tu te souviens. J’ai la sensation que tout se passe plutôt bien, les progrès se font ressentir, de nouvelles difficultés dans l’apprentissage apparaissent stimulant ainsi ma réactivité. Chaque jour j’apprends de nouvelles recettes, de nouvelles techniques, je répète les gestes, j’avance. Je continue d’alterner entre le centre de formation et une entreprise, toujours la même, au sein d’une équipe dans laquelle je me sens très à mon aise. Et puis j’ai toujours mon projet #Gourmandièse bien évidemment, tu sais, ma petite entreprise en devenir, ce projet qui quand il verra le jour, te permettrait de ne pas avoir de mes nouvelles de si tôt. Mais tu sais, Pôle, je suis tellement passionné par l’enseignement que je reçois chaque jour, j’y vois tellement d’opportunités, que j’envisage même de faire une année d’école supplémentaire l’an prochain. Mais cela, c’est une autre histoire. J’ai d’abord un examen à avoir au mois de juin prochain.

Pardonne-moi encore pour cette absence Pôle, si jamais tu t’en es aperçu.

298ème jour: 404

Je me suis trompé.

Aujourd’hui, c’était la réunion de rentrée au Centre de Formation de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat. Le grand jour, au moins autant que le premier jour d’école qui lui aura lieu dès la semaine prochaine. Séquence émotion. J’étais convié parmi les onze autres heureux élus du Plan Régional de Formation, de futurs bouchers, charcutiers, boulangers et donc pâtissiers. La réunion consistait en la découverte des emplois du temps, l’organisation des cours, les stages en entreprise, les dossiers de rémunération, le tout conclu par une visite de l’établissement. Si on laisse de côté la partie rémunération, la situation ressemblait en tout point à une vraie rentrée des classes. J’étais bien. Je revenais à l’école et j’étais bien. Cependant, car il y a un « cependant » à défaut d’y avoir un « mais », il s’est produit dans les premières minutes un évènement, disons, troublant. Ca y est, qu’a-t-il encore trouvé êtes-vous en train de vous dire. Ne bougez pas, je continue. La personne qui anime la réunion est désormais notre référente au sein de l’établissement. C’est d’ailleurs elle qui m’a annoncé quelques jours plus tôt que j’étais retenu pour suivre le CAP Pâtissier. Une femme bien donc, en tout objectivité bien entendu. Elle ouvre la réunion en nous donnant à chacun un dossier sur lequel figurait notre nom. Mais mon dossier à moi ne faisait pas mention uniquement de mon nom, il y avait une petite note indiquant que j’avais un rendez-vous à 16h, après la réunion. Bravo, joli coup, premier jour et je suis déjà convoqué au bureau. Je ne connais pas l’objet de cette entrevue privilégiée mais j’apprends que ce sera avec la personne qui représentait la Chambre des Métiers lors de mon entretien individuel. Rien que ça. Au rythme d’un timing très précis tout au long des deux heures pendant lesquelles a duré la réunion, je pensais à ce dont on voulait me parler. Aucune idée.

Et la réunion se termine. Elève discipliné, je me rends donc à ce rendez-vous intrigant. Clin d’oeil de ma folle épopée vieille de presque 300 jours, je me retrouve dans le bureau dans lequel j’ai passé ce fameux entretien, face à la même interlocutrice. De quoi va-t-on parler ? Que veut-elle me dire ? Allez-y, prenez quinze secondes pour faire vos pronostics… Alors, une idée ? Je ne sais pas pourquoi, mais c’est sans doute parce qu’on commence à bien se connaitre vous et moi, je crois que certains d’entre vous voient juste. C’est tout simplement de… mon blog dont il allait être question. Nous allions aborder « un point de communication ». A force d’écrire, de m’offrir une tribune presque quotidienne dans laquelle j’enrage après l’administration qui m’entoure, j’ai fini par être écouté. Enfin entendu. Lu, plus précisément. Il semblerait que j’ai eu quelques lecteurs faisant partie des décideurs, des financeurs, des sphères hiérarchiques aptes à décider si oui ou non ma reconversion professionnelle allait prendre son envol ou resterait cloué au sol. Chez Pôle. Ces lecteurs influents se seraient étonnés d’apprendre quel avait été mon ressenti à la sortie de mon entretien individuel, une étape quelque peu complexe si vos souvenirs sont bons. Alors pourquoi auraient-ils pu s’émouvoir de mes confidences ? J’ai la réponse. Le fin mot de l’histoire. J’ai très mal vécu cet entretien, trop court, pressé par le temps et le nombre conséquent de candidats, j’en suis sorti vidé avec la sensation de n’avoir pourtant rien sorti, rien de concret, rien d’intéressant. Un paradoxe proche de l’échec, un tout ça pour ça de circonstance. Seulement voilà. Je me suis trompé. Voyez-vous, cela m’arrive même à moi, soyez donc tranquilles pour votre cas personnel vous dirait ma modestie. Oui, je me suis trompé et je l’ai appris aujourd’hui. Lorsque j’ai fermé la porte au nez de cet entretien individuel, ce qui se jouait dans le bureau que je quittais était exactement l’inverse de ce qui me passait par la tête. Pour le jury, la décision était sans appel. J’étais retenu, cette formation était pour moi, ma place était réservée, validée, j’avais convaincu ce jury dont faisait partie celle qui aujourd’hui me contait cette histoire. Je m’étais trompé. Complètement. La faute à la pression des jours précédents, la faute aux aberrations passées, la faute au stress qui fausse un instant ma perception de ce qui se passe, ma faute à moi. Cette porte qu’on m’avait ouverte, ce bureau dans lequel je m’étais senti transparent, cet endroit que j’avais quitté contrarié, c’est ici que tout a commencé finalement. J’avais été remercié trop vite à mon goût, il n’en fallait pourtant pas davantage au jury pour retenir ma candidature. D’où l’étonnement de ceux qui ont fait que je fais ma rentrée en CAP Pâtissier, au bout du suspense. Je m’étais trompé. Complètement. Mais j’avoue qu’il n’est pas désagréable de se tromper quand on connait une fin si heureuse.

Ce rendez-vous s’est conclu par une information tout à fait sérieuse et importante malgré une certaine dimension humoristique. J’apprends qu’il y a une conseillère pédagogique au sein de l’établissement et que je peux m’adresser à elle à n’importe quel moment si quelque chose me chagrine , si mon esprit critique légendaire veut se manifester. Ironie de l’histoire. Mais, je le confesse, je n’ai jamais craché dans la soupe. Déjà parce que c’est dégoutant et parce qu’en plus on ne gaspille pas la nourriture. Mon premier objectif était de passer les portes du Centre de Formation et pour cela les solutions ne dépendaient pas de moi. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. C’est à moi de jouer. Et de ne plus me tromper.

295ème jour: exclamation(s)

Ce mois-ci, Pôle avait décidé que nous nous verrions.

Ce n’est là qu’un infime détail de l’été qui s’achève. Pôle, au bon milieu de ma semaine de vacances, m’écrivait pour me dire  que le mois de septembre nous permettrait de faire un point sur ma situation. Je n’étais plus à cela près mais cette correspondance reçue par mail était encore une fois la preuve que Pôle ne savait plus où il en était. Je me permets de transférer tout cela vers le présent, Pôle ne sait pas où il en est. Le fait de demander à me voir n’est pas le problème, d’autant que chacun sait que je n’ai pas besoin d’une invitation pour me rendre en agence. C’est plutôt le timing, le problème. Car à la date où Pôle souhaite me voir pour faire ce fameux point sur ma non moins fameuse situation, après-demain pour être précis, il serait bon pour lui et ses petites affaires qu’elle soit claire. Ma situation. Me voilà convoqué à quelques jours seulement de ce qui pourrait être ma rentrée scolaire. Ou à quelques jours d’une sérieuse déconvenue, je dois l’avouer, dans laquelle Pôle aura joué un rôle majeur. En somme, les ordinateurs de Pôle ont une nouvelle fois démontré que leur choix d’une date de manière aléatoire n’avait aucun sens face aux projets des différents administrés que nous sommes. Les conseillers face à ces ordinateurs ayant pour consigne de ne réfléchir que de manière aléatoire également, il faut être moralement très solide, et accessoirement non-violent extrémiste, pour garder les idées claires.

INTERRUPTION DU BILLET

Breaking news, comme disent ceux qui veulent rentabiliser l’option « anglais renforcé » prise au collège, celle qui ne laissait que trente minutes pour la cantine, une fois par semaine.

Croyez-moi sur parole. J’ai décidé en direct de modifier l’objet de ce billet. J’allais parler de qui vous savez, de cet entretien qui m’attend après-demain avec ma conseillère personnelle mais puisque vous avez lu le premier paragraphe, vous aviez déjà saisi. Mais voilà. Une actualité brulante est venue bousculer mon après-midi mais également un bout de ma vie sans doute. J’ai quelque peu provoqué cette situation en posant une question quelques minutes plus tôt à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat. Par mail. La réponse n’a pas tardé à arriver. Alors voilà, c’est fait. Mon dossier de demande de formation dans le cadre du Plan Régional de Formation a été retenu. Oui, c’est fait. Je vais intégrer une classe de CAP Pâtissier et faire ma rentrée scolaire dans quelques jours. Ne vous y trompez pas. S’il n’y a aucun point d’exclamation dans l’annonce de cette nouvelle tant attendue, c’est parce qu’ils sont tous dans ma tête, dans mes yeux, dans ma voix. J’ai évidemment explosé de joie en apprenant cette nouvelle. Oui, je vais intégrer une classe de CAP Pâtissier et faire ma rentrée scolaire dans quelques jours. Je suis d’ores et déjà convoqué jeudi, dans trois jours, pour la réunion de rentrée. Mon premier jour est quant à lui fixé à la semaine prochaine. Je ne sais pas si vous imaginez que je n’imagine pas encore. Une étape clé de ma reconversion professionnelle vient de se solder par un succès. Voilà, c’est fait. Et si je reste humble et sobre malgré l’excitation intense qui s’est emparée de moi, c’est parce que tout reste à faire.

Evidemment, je vais certainement éprouver l’envie de revenir plus en détails sur cet évènement du jour. Je suis encore sous le coup, à chaud, je ne sais qu’en dire ou qu’en penser. Mais d’ores et déjà, j’ai au moins deux messages à faire passer. Le premier pour Pôle. Non, je ne viendrais pas au rendez-vous dit « obligatoire » avec ma conseillère et j’aurais même l’élégance de venir te le signifier dès demain, en personne, en t’en donnant les raisons. Le second message est pour vous, très chers lecteurs. Je crois que nous allons bientôt nous quitter.

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