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147ème jour : le coquillard

La semaine commence par une confirmation de report de planning, l’ouverture des inscriptions au CAP Pâtissier serait attendue fin mai et non plus début mai. Mais il s’agit juste d’un report n’est-ce pas ? Hein ? Rendez-vous fin mai. En attendant, je vais attendre. Mais pas que.

Pôle m’a écrit. Comme pour me prouver qu’il ne m’oublie pas, qu’il pense à moi malgré nos disputes silencieuses. Pôle m’a écrit mais il a fait au plus simple ce qui ne m’étonne que peu venant de lui. Il m’a envoyé, ou peut-être devrais-je dire renvoyé, l’exemplaire de convention de stage qui me revient concernant mon prochain séjour chez un chocolatier. Il n’y avait que cette feuille dans l’enveloppe, pas un petit mot pour prendre de mes nouvelles, pas un bonjour, pas non plus de mention « bonne réception », ce néologisme de la formule de politesse née des échanges électroniques professionnels, cette façon courtoise de signifier à son correspondant « tiens voilà cette merde que tu m’as demandé » ou encore « la prochaine fois tu te débrouilles tout seul pour trouver tes affaires ». Les deux hypothèses pouvant éventuellement être conclues par un « connard ». Mais rien de tout ça dans mon cas, simplement ce feuillet que je connaissais déjà pour l’avoir signé et fait signer par le chocolatier. Il me revenait tamponné par Pôle. C’est d’ailleurs sa spécialité à Pôle, de s’en tamponner.

Pour être tout à fait certain de ne rien manquer dans ce courrier, je me suis mis à examiner l’enveloppe de plus près. Je me suis alors aperçu que celle-ci m’était envoyée depuis la commune de Carbon Blanc en Gironde. Je retrace donc le parcours de ma convention de stage. Je vais la chercher chez Pôle, je l’apporte chez le chocolatier qui la signe, je la ramène chez Pôle. Jusqu’ici, trafic fluide. Mais allez savoir pourquoi, voici que ma convention prend une déviation, quitte les bureaux de Pôle, puis la ville, puis le département, pour se retrouver sur le bureau d’une nouvelle conseillère en Gironde, une « responsable d’équipe professionnelle ». Enfin je crois. L’enveloppe est passée par Carbon Blanc mais le courrier est tamponné par l’agence de Périgueux et signé par une personne dont je n’ai jamais entendu parler. « Responsable d’équipe professionnelle », ça en jette en tout cas comme intitulé. Cela sous-entend également qu’il y aurait une équipe amateur. Encore un ceci qui pourrait expliquer cela.

Et tout ça dans le dos de ma conseillère personnelle qui à mon avis ne va pas être contente en apprenant qu’elle n’a pas été consultée. Enfin, si elle travaille toujours chez Pôle.

135ème jour : en bas de page

Cet après-midi, j’ai tout mangé le chocolat. Mais pas n’importe lequel et pas n’importe où. Je suis allé dans la chocolaterie qui m’accueillera en stage le mois prochain pour signer le planning de mes jours et heures de travail. Comme il s’agit d’un document à retourner à Pôle, vous aurez compris par vous-même qu’il n’est absolument pas envisageable d’oublier une signature, une virgule, un accent. Vous ajoutez à cela mon envie pressante de mettre les points sur les i et vous obtenez un document en bonne et due forme que j’irai déposer moi-même chez Pôle. Si je suis d’humeur joyeuse, je demanderai à voir directement le directeur de l’agence pour lui remettre ce document en mains propres, lui qui depuis hier est devenu « mon contact » et s’inquiétait pour moi, il sera sans doute très heureux de me voir. Pour la première fois d’ailleurs. Concernant cette convention de stage, ce qui est très curieux c’est ce que m’a dit le chocolatier au sujet de la signature manquante :

Le chocolatier : « il faut qu’on fasse gaffe parce que si on oublie le moindre truc ils sont capables de tout interrompre ».

Il ne me dit pas tout, mais je crois qu’il connait très bien Pôle.

Aujourd’hui j’ai également revu les pâtissiers, dont le chef, qui m’ont accueilli lors de mon premier stage. Comme ils n’ont pas changé de chemin en m’apercevant, comme ils sont tous venus me saluer et même discuter pour ce qui est du chef, je me dis que je n’ai pas du laisser une trop mauvaise impression. Ou alors ils peuvent aussi envisager une reconversion professionnelle pour devenir comédien.

127ème jour : ligne en dérangement

6ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

Autant vous le dire tout de suite, je suis de mauvaise humeur. J’ai été réveillé pendant ma sieste. Par Pôle.

Oui, depuis le début de mon premier stage en pâtisserie, je fais une sieste l’après-midi  pour assurer un certain équilibre avec mes réveils matinaux. Avant de passer à l’horizontale, je jette un coup d’oeil sur mes mails reçus ce matin. L’un d’eux me saute immédiatement aux yeux, il est envoyé par Pôle. L’objet du message : « votre rendez-vous avec un conseiller ». Je comprends tout de suite que je ne vais pas dormir sur mes deux oreilles, prouesse gymnastique que je n’ai d’ailleurs jamais réussi à réaliser. Voici de quoi il retourne :

« Nous vous rappelons votre rendez-vous avec un conseiller le 9 avril 2014 à 9h. Merci d’avoir à votre disposition les pièces demandées dans votre convocation ».

J’inspire profondément. Je coupe mon souffle quelques secondes puis j’expire à fond. Je pense une seconde réitérer l’opération puis je réalise que je suis simplement en train d’improviser une technique de relaxation qui ne fonctionnera absolument pas. Pôle… Pôle, Pôle, Pôle. Tu sais que je suis en stage le 9 avril 2014 à 9h, tu le sais car tu as toi-même insisté pour que l’employeur te donne avec précision mes jours et heures de travail. Tu le sais, pourtant tu me fixes un rendez-vous sous forme de rappel alors qu’il n’a jamais été question d’une quelconque entrevue sur cette période et tu me demandes de ne pas venir les mains vides, avec les documents précisés dans une convocation qui n’existe à ma connaissance que dans tes rêves le plus fous. Pôle… Pôle, Pôle, Pôle… Une fois ma fièvre retombée à un niveau acceptable pour tenir une conversation courtoise, je compose le « numéro unique » me permettant de contacter Pôle, un conseiller, un concierge voire même le personnel d’entretien de l’agence dont je dépends. Je ne sais jamais véritablement qui me répond. Après avoir tapé le numéro de mon département sur mon clavier, mon numéro d’identifiant, après avoir appuyé sur 1, puis sur 2, encore sur 2, sur #, sur *, la boite vocale me propose d’être rappelé dans un délai de deux heures suite à un grand nombre d’appels. Ma fièvre a du remonter à ce moment-là. J’accepte tout de même d’être rappelé et je tente de savoir si la sieste porte conseil.

J’avais réussi à m’endormir, ce qui en plus d’être reposant était une belle performance si on s’en réfère à l’état d’usure de mes nerfs. Et le vibreur de mon téléphone a forcé mes paupières. Pôle me rappelait, il était dans les délais annoncés, je peux au moins lui reconnaître cela. Je m’empresse d’expliquer à l’opératrice que je suis convoqué à un rendez-vous alors que je suis en stage. Le tout en restant tout à fait aimable ce qui me permet de signer une deuxième performance en quelques minutes. Le moment suivant a bien failli me faire gâcher tout ce travail sur moi-même, la faute aux méthodes de Pôle expliquées par madame au bout du fil.

L’opératrice : « Vous êtes donc en stage demain, je le note dans votre dossier pour préciser pourquoi vous ne pourrez pas venir au rendez-vous. Cependant vous recevrez tout de même un courrier de premier avertissement avant radiation mais n’en tenez pas compte. L’envoi est automatique ».

Je vais donc recevoir un courrier de premier avertissement avant radiation. Mais je n’en tiendrais pas compte. Un premier avertissement avant radiation… à ne pas prendre en compte… Pôle… Pôle, Pôle, merde Pôle ! Est-il utile que je fasse la synthèse de ce nouvel épisode ? Pôle, comment vais-je parvenir à t’expliquer calmement qu’il va rapidement devenir impossible de t’expliquer les choses calmement. Qui peut revendiquer posséder un cerveau, des pouces opposables et tout l’attirail d’un homo-sapiens ? Toi ou ton ordinateur ? Comment se fait-il que tu ne sois même pas capable d’empêcher un courrier de partir alors même que tu as la justification que tu attendais et dont tu n’avais d’ailleurs pas besoin puisque tu l’avais déjà signée et tamponnée. Ma convention de stage signée par toi, Pôle ! Allez je vais me calmer sinon cette nuit non plus je n’arriverai pas à faire ce truc sur mes deux oreilles. J’en viens presque à oublier qu’aujourd’hui encore je me suis éclaté dans le laboratoire de pâtisserie.

S’il suffisait d’un simple coup de fil et d’un téléphone en mode vibreur pour réveiller Pôle…