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35ème jour : des efforts croissants

Ces derniers jours, je me suis procuré ce que le marketing présente comme l’une des bibles de la pâtisserie, un ouvrage de Christophe Felder modestement intitulé « Pâtisserie, l’ultime référence ». Marketing ou pas, je considère que ce bouquin est le parfait compagnon de route pour les futurs reconvertis professionnels qui se veulent pâtissier. Il se décompose en leçons imagées et commentées truffées d’astuces et de tours de main, cela valait bien que je m’en fasse le promoteur. Aujourd’hui, je suis passé de la lecture à la pratique. Mon côté rebelle ayant encore pris le contrôle de mes faits et gestes, je décidai de commencer par la leçon n°158, les croissants au beurre. Ne m’imaginez pas prétentieux au point de snober à souhait les 157 premières leçons, ce n’est pas le genre de la maison. Enfin si, mais pas là. Et puis je fais ce que je veux.

Ce que je n’ai pas compris immédiatement lorsque je me suis pris de passion pour la pâtisserie, c’est que la patience allait devenir, que je le veuille ou non, ma meilleure amie. Elle allait s’imposer à moi, contrôler mes gestes et le temps, et demeurer un ingrédient indispensable à une recette réussie. Si j’en doutais encore, la leçon n°158 des croissants au beurre allait m’en faire la cinglante démonstration. Pour faire simple, il suffit de comprendre que dans cette recette, les quatre principaux tours de main d’une durée moyenne de dix minutes sont séparés par une attente de deux heures minimum. Faites le compte. C’est justement pendant la première attente de deux heures que j’ai eu la sensation d’avoir déjà vécu ce moment, et il ne m’a pas fallu deux heures de plus pour faire le lien.

C’est avec Pôle que j’avais déjà eu l’occasion de vivre ces instants où l’attente mène à penser que les choses iraient plus vite si je la plantais dans une agence. La tente. Un entretien qui dure dix minutes, quinze si par chance le dialogue est rompu par un téléphone qui sonne. D’ailleurs, le jour de mes retrouvailles avec Pôle, ce n’était pas un téléphone qui avait arrêté le temps mais l’irruption soudaine du conseiller du bureau d’à côté qui, prétextant une sorte de déménagement récent, s’excusait de nous déranger mais ne savait plus par où entrer dans son bureau. Enfermé dehors. Bref. Après le speed dating, des jours qui défilent, qui font des semaines, parfois des mois. Si je ne m’étais pas aventuré dans la recette des croissants au beurre, je n’aurais jamais su que cette attente injustifiée entre deux rendez-vous n’avait d’autre but que d’assurer la réussite de la recette. Pôle me veut du bien en réalité, et il s’y connait en pâtisserie ! La preuve est irréfutable désormais, tout devient clair dans mon esprit. Je vous laisse imaginer l’émotion qui s’empare de moi lorsque je comprends. Il n’y a pas de hasard, il était écrit quelque part que j’allais commencer par la leçon n°158 et donner ainsi un sens à ma vie de chômeur.

Si j’avais un gouvernement à former, je ferais de Christophe Felder le ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social.