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36ème jour : motivation de papier

Comme tout demandeur d’emploi assidu, le reconverti professionnel en devenir n’échappe pas à la règle élémentaire du marché : la rédaction d’un CV et d’une lettre de motivation.

Je l’avoue, j’avais laissé cette excitante étape de côté. Plus clairement, j’avais oublié. Voilà c’est dit. C’est mon monsieur-réponse-à-tout de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat qui avait évoqué le sujet lors de notre dernier rendez-vous et, comme je pensais à lui ce matin, mon système d’exploitation a restauré les données depuis une précédente copie de sauvegarde. Il me fallait donc expliquer par le biais d’un traitement de texte et d’une imprimante que la durée indéterminée de mon dernier contrat était désormais terminée, que j’avais alors décidé de me reconvertir professionnellement parlant, que j’ai choisi ma voie, que j’ai un projet précis en tête et que si tout cela était suffisant pour m’assurer la réussite je n’aurais pas besoin de rédiger ce courrier motivé. A l’aube du premier vol habité vers Mars en aller simple, j’aimerais d’ailleurs bien savoir qui accorde encore une quelconque importance à une lettre de motivation.

Puis il y a le célèbre curriculum vitae. Là, c’est carrément du latin. Lorsqu’on a des expériences professionnelles dans des secteurs d’activité différents, il semble préférable de mettre en avant dès les premières lignes les compétences demandées par l’employeur que l’on sollicite. Il s’agit de l’exception confirmant la règle du « garder le meilleur pour le fin ».  Autant vous le dire, je ne sais pas si c’est une règle mais c’est toujours ce que j’ai fait et cela m’a très souvent souri. Mais c’était un autre temps. Une époque où j’envoyais des candidatures pour obtenir un job que je faisais déjà mais pour lequel je serais mieux payé. J’avais donc de vrais arguments à jeter à la face de celui qui voudrait s’amuser à me chatouiller sur mes compétences ou mon expérience, le tout de manière courtoise évidemment et ponctué par un sourire trop poli pour être honnête. Aujourd’hui, je souhaite devenir pâtissier. A moins de créer une rubrique répertoriant mes passions qui remplirait la moitié de mon CV, je vois mal comment faire valoir mon expérience professionnelle en matière de pâtisserie. Mais s’agissant d’une reconversion professionnelle, c’est évidemment normal. J’espère simplement que l’évidence sera la même pour celui ou celle qui décortiquera ce moi version papier.

J’espère que mes salutations distinguées seront agréées.

15ème jour : terrain miné

Vous voulez rire de quelle couleur ? Personnellement, je choisis jaune. Ce 15ème jour est à lui tout seul une compilation des meilleurs morceaux de Pôle remixés par ses conseillères et conseillers. Et je viens aujourd’hui de m’en faire offrir un exemplaire, un cadeau de Noël livré en plusieurs colis avec près de trois semaines d’avance.

Dans le premier colis, il y avait un mail de Pôle, présentant la synthèse de nos retrouvailles d’hier. Je suis persuadé, absolument convaincu que vous, bien chers lecteurs, avec vos capacités intellectuelles plus ou moins visibles à l’oeil nu, vous seriez capables en deux phrases de résumer mon projet de reconversion professionnelle ainsi que l’objet de mes recherches actuelles.  Croyez-le si vous le voulez, mais la conseillère de Pôle a résumé ma situation en écrivant que j’étais à la recherche d’un poste de pâtissier en CDI, à temps complet, dans un rayon de 50 kilomètres autour de mon domicile. Elle a tout de même vu juste sur un point, elle ne s’est pas trompée de métier. Pas un mot sur ce qui est à la fois ma volonté et un passage obligé, l’accès à la formation du CAP Pâtissier et son financement. Rien. Il n’est que 8h47 à cet instant, j’ai beau être matinal, vous connaissez la suite.

Les deuxième et troisième colis m’avaient été remis hier par la conseillère. J’avais attendu cet après-midi pour les ouvrir. Ils contenaient chacun un numéro de téléphone. Par chance, je sais lire les chiffres arabes (ce qu’il faudrait peut-être que j’ajoute à mon CV), je décidai donc d’appeler le premier numéro : la Chambre de Commerce et d’Industrie. Vous vous souvenez, la conseillère de Pôle m’avait expliqué hier que la CCI proposait le CAP Pâtissier dans sa formule « formation conventionnée », celle-là même qui ouvrait les portes d’un financement. Je commence par la prise de contact réglementaire avec la standardiste.

Moi : « Bonjour, je cherche à joindre une personne qui pourrait me renseigner sur le CAP Pâtissier que vous proposez. »

La standardiste : -« Ce n’est pas plutôt la Chambre des Métiers que vous cherchez à joindre ? »

Soudain, une puce s’invite à mon oreille. La standardiste ne semble pas au courant que l’établissement pour lequel elle filtre les appels propose le CAP Pâtissier. C’est alors que je lui donne le mot de passe :

Moi : – « Je viens de la part de Pôle ».

La standardiste transfère immédiatement mon appel vers un interlocuteur dont elle ne me donne ni le nom ni la fonction. C’est un homme. Je sens dans sa voix qu’il a connu cette époque où mettre des coups de règle sur les doigts d’un élève n’était pas passible du tribunal correctionnel, je perçois en même temps sa nostalgie à ce sujet. Je re-présente mon cas de la même manière qu’avec la standardiste. Lui décide de me renvoyer vers ce qu’il appelle « l’école » et me donne un autre numéro de téléphone. Bon élève, j’appelle. Je tombe sur ce qui me semble être le « bureau de la vie scolaire », je n’en ai pas la certitude car l’inconnu qui a pris mon appel s’est contenté d’un « allo ». Je re-re-présente mon cas de la même manière qu’avec la standardiste et l’instituteur nostalgique. Lui décide de me renvoyer vers sa collègue. Après les chiffres arabes, le téléphone. Tous ces transferts d’appels ont fonctionné, ce qui est tout de même le point positif de cette étape. Ainsi, je re-re-re-présente mon cas de la même manière qu’avec la standardiste, l’instituteur nostalgique et l’inconnu de la vie scolaire. Morceaux choisis :

Elle : – « C’est Pôle qui vous a dit de contacter la CCI pour suivre le CAP Pâtissier ? »

Autant vous dire qu’elle était remontée en me posant cette question.

Moi : – « Euh… oui. On m’a même précisé qu’avec la CCI la formation était conventionnée et donc prise en charge. »

Elle : – « Quoi ??? »

Je vous avais dit qu’elle était remontée.

Elle : – « C’est aberrant après tout ce temps que Pôle envoie encore des demandeurs d’emploi vers la CCI quand il s’agit du CAP Pâtissier. C’est la Chambre des Métiers qui s’occupe de cette formation ! Avez-vous le nom de la personne qui vous a dit ça ? »

Là, j’ai été grand seigneur. Je n’ai pas donné de nom. Bon OK, je n’avais pas le nom de la conseillère. Je ne l’ai pas non plus complètement balancé au moment d’ouvrir le troisième colis. Là aussi j’ai téléphoné. Et j’ai re-re-re-re-présenté mon cas. Mais là mon interlocutrice m’a stoppé dans ma tirade en s’étonnant que je la contacte puisqu’elle ne se trouve pas sur mon département. Inutile que je m’étale sur la suite de cet appel, ce colis également expédié par Pôle était piégé lui-aussi.

Et puisqu’il était question de rire dans l’introduction de ce billet, sachez que la dernière personne que j’ai eu à la CCI (celle qui était remontée et voulait connaître le nom de mon indic chez Pôle) m’a donné son nom à elle. Elle s’appelle madame Paul.

Running gag.