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267ème jour: règle de trois

Trois. C’est le nombre de places à prendre pour intégrer le CAP Pâtissier édition 2014-2015. Trois. Aujourd’hui nous étions dix candidats, ils seront peut-être autant lors de la prochaine session et il n’y a que trois places à prendre. Le décor est planté.

Aujourd’hui était l’un des jours principaux de ma reconversion professionnelle. J’étais convoqué à une réunion d’information collective au sujet du CAP Pâtissier puis à un entretien individuel. Hier, avec tout l’optimisme qui me caractérise, je m’imaginais sortir de tout cela confiant, pourquoi pas même rassuré, en tout cas très positif. A l’instant même où j’écris ces lignes, je me sens dans un tout autre état. Je me dois de constater que l’attente la pire vient à peine de commencer. Elle a débuté dès que j’ai refermé la porte du bureau dans lequel j’étais reçu pour mon entretien individuel. Face à moi, il y avait la responsable du centre de formation d’apprentis de la chambre des métiers et une conseillère de Pôle. Oui, bien sûr, Pôle était là. Lorsque j’ai pénétré dans le bureau, avant même de m’être assis face à mes interlocutrices, il m’a été demandé de « faire vite et d’aller à l’essentiel ». Mon empathie naturelle et mon humour tout terrain ont pris le soin de répondre pour moi en demandant si je prenais tout de même le soin de m’asseoir. Je souhaitais briser une certaine forme de tension née sans doute d’un manque de temps dont je me retrouvais victime, moi comme les autres candidats je n’en doute pas, avec un bon mot de manière à ce que nous partions sur de bonnes bases. Mais dans le même temps, en quelques secondes et tout en finissant par m’asseoir, je me suis remémoré les 266 jours précédents, les nombreuses difficultés, les virages à négocier, les embûches et autres douceurs  qu’il m’a fallu affronter, moi comme les autres candidats je n’en doute pas non plus, et j’ai trouvé dur que tout cela trouve pour accueil un « soyez bref, allez à l’essentiel » avant même que j’ai ouvert la bouche. Comme à mon habitude je ne jette pas la pierre et me contente d’un constat, à l’amiable de préférence.

Alors j’ai essayé d’être bref et d’aller à l’essentiel. Un mot sur ma carrière passée, un mot sur pourquoi la pâtisserie, un mot sur #Gourmandièse, mes motivations, mes ambitions, à court, moyen et long terme. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion d’évoquer ma pratique de la pâtisserie si ce n’est en évoquant, en un mot toujours, ma période de stage en entreprise. Il est vrai que j’avais décidé de mettre en avant mon projet de création d’entreprise car à quoi bon démontrer que l’on est déjà un excellent pâtissier lorsqu’on postule pour apprendre le métier ? Il est entendu que je ne suis peut-être pas celui d’entre les candidats qui a vécu le plus d’expériences professionnelles dans la pâtisserie mais est-ce vraiment un critère ? Faut-il être déjà un pâtissier confirmé pour postuler à l’apprentissage du métier ? Cela dit rien ne m’a été reproché à ce sujet mais je me suis tout de même interrogé suite à je ne sais plus quelle allusion de l’une de mes jurées du jour. Ces réflexions me rappellent que j’ai encore beaucoup de questions,  peut-être plus à vrai dire. Quels vont être réellement les critères de choix ? Est-ce l’initiative qui suivra la formation, la situation personnelle du candidat, ses difficultés à venir, ses « facilités » potentielles pour rebondir ? Est-ce que l’on sait réellement ce qui fait qu’un postulant monte sur le podium ? Les réponses à ces questions n’ont aucun intérêt, le fait même de se poser ces questions n’a à lui seul aucun intérêt. Il y a trois places à prendre. Trois.

Je ferais peut-être partie des heureux élus, je le souhaite vivement bien entendu, il va falloir attendre trois bonnes semaines avant de le savoir. Trois, encore. Cette reconversion professionnelle, la mienne, a débuté par le plan A du FONGECIF dont vous connaissez l’issue puisque vous êtes ici, à lire, chaque jour ou presque. Le plan B c’était aujourd’hui avec le Plan Régional de Formation, un aujourd’hui dont le contexte pousse à envisager un plan C. Ne serait-ce que pour être prévoyant.

Allez, je continue. A 3 on y va. 1… 2… 3.

6ème jour : ne pas se faire de bilan

Aujourd’hui c’est dimanche. A moins que votre soirée d’hier ne se soit achevée que cet après-midi, vous n’avez pas attendu de lire ce billet pour le savoir. Il est évidemment prématuré pour moi d’évoquer une quelconque forme de « bilan de la semaine », j’ai quitté mon travail mardi dernier seulement, solde de tout compte en poche depuis hier et pas encore ré-immatriculé au registre national des demandeurs d’emploi. A cet instant, je ne suis pas encore complice de la non-inversion de la courbe du chômage.

Pourtant, sans parler de bilan, ces derniers jours ont vu naître quelques réactions au sujet des différents billets, ainsi que ça et là sur Facebook et Twitter (cette phrase n’est pas sponsorisée). Je n’en doutais pas, mais c’est maintenant confirmé, je ne suis pas le seul à me jeter dans le grand bain de la reconversion professionnelle, sans brassière, même pas peur d’ouvrir les yeux sous l’eau. Un ami avec qui j’ai partagé mon épopée lycéenne a décidé de passer de l’éducation nationale à la carrosserie-peinture. Un illustre inconnu, rencontré de manière électronique sur les réseaux sociaux, m’a fait part de sa situation similaire à la mienne : rupture conventionnelle de contrat puis reconversion. J’ai lu ou entendu également des messages de soutien, des encouragements mais aussi pas mal de « je ne m’en fais pas pour toi ». Cette dernière formulation, que je classe bien entendu dans la colonne des « plus », provoque systématiquement en moins une seconde d’inquiétude, peut-être une peur de décevoir. Et puis ça passe. Dès la seconde suivante je transforme tout ça en une pression positive, un torrent supplémentaire à mon moulin.  D’ailleurs : moulin-blé, blé-farine, farine-pâtisserie. CQFD.

Je vous ai déjà parlé de mon monsieur-réponse-à-tout de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat et je crois bien que je n’ai pas fini de le citer. C’est grâce à lui que j’ai pu récupérer le programme de ma formation, le CAP Pâtissier, étape n°1 de ma reconversion professionnelle. Tout d’abord, je passerai ce diplôme en un an au lieu de deux, comme toutes les personnes titulaires au minimum d’un baccalauréat. Au collège, j’avais besoin de simuler pour obtenir une dispense de sport quand il fallait aller à la piscine, vingt ans plus tard, on me dispense de français et de maths sans que je ne demande rien. C’est aussi ça, l’expérience. Ensuite, mon année scolaire sera composée de 21 semaines en centre de formation et 16 semaines en entreprise. Voilà pour les grandes lignes. Mais, car oui il y a un « mais » tout comme il y a un hic, le calendrier fait couac. Dans la mesure où l’on s’est arrangé pour se faciliter ma sortie (lire les épisodes précédents), mon échéancier tel que je l’imaginais ne tient plus. En effet, la rentrée scolaire se fait en septembre, nous sommes en décembre, ce qui me laisse une bonne gestation avant d’acheter mon nouveau cartable. C’est long. Et je crois que c’est un problème. Quand je pense que par le biais du Fongecif je serais parti en formation en septembre 2014, sereinement, en bénéficiant toujours de mon salaire, lequel était remboursé à mon employeur… Je suis d’ailleurs sûr que nous cotisons tous pour ce droit. Mais on refuse souvent de voir le visage de son bourreau surtout lorsqu’il se cache sous le flou artistique d’un bulletin de salaire. Alors on se contente du morceau tombé après le passage de la lame, on le récupère dans la case en bas à droite. Et on réitère le mois suivant.

Yohan, tu dors, ton moulin bat trop fort.