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273ème jour: tout terrain

Hier, j’ai pris un carton rouge.

Si vous n’avez pas tout suivi, que vous l’avez oublié ou que vous n’en avez tout simplement rien à faire, après la pâtisserie et moi-même, ma troisième passion est le football. Et hier, lors du match dominical, j’ai pris un carton rouge. J’entends d’ici vos huées retentissantes, peut-être même pensez-vous que le masque tombe et que je suis en réalité une bête sanguinaire mais il n’en est rien. Cela dit je ne suis sans doute pas le mieux placé pour en juger mais je ne crois pas l’être. Il faudrait vérifier. Bref, j’ai été l’auteur d’un mauvais geste, de la légitime défense dirais-je avant que vous décidiez de m’envoyer au bûcher. Un joueur m’a mis un coup de pied, je lui ai rendu, un cas d’école. Enfin de cour d’école. Sans gravité aucune ni pour lui ni pour moi, physiquement en tout cas, le seul problème reste que l’arbitre a tout vu. Enfin presque. Disons qu’il a tout vu ce que j’ai fait, n’ayant pas vu le précédent il m’a pris pour l’agresseur, ce que j’étais d’une certaine manière mais dans un tout autre contexte que celui qui se reflétait dans son carton. Rouge donc. Sans sommation. Parfois, impartialité rime avec aléatoire. Certains d’entre vous ne se demandent alors plus où je veux en venir avec cette anecdote. Peu vous importe mes péripéties footballistiques, mais celle d’hier m’a permis de créer un lien avec une autre, ma reconversion professionnelle.

J’ai imaginé Pôle comme l’arbitre du match de ma vie. Oui, de ma vie, personne ne niera l’importance capitale d’un métier dans l’équilibre quotidien. J’ai alors rapidement compris  que j’allais être jugé uniquement sur les quelques minutes qu’a duré mon entretien pour le CAP Pâtissier. Pôle va avoir les yeux rivés sur cette action au demeurant peu significative, ne prêtera aucune attention à l’origine de ma reconversion professionnelle et ne connaitra de contexte que le sien. Le tout très minuté comme vous l’avez constaté. Persuadé de prendre la bonne décision lorsqu’on détient le pouvoir, l’arbitrage devient l’arbitraire. Lorsque cela se passe sur un terrain de football, cet instant où l’arbitre se trompe de décision ou ne sanctionne qu’à moitié n’est pour moi qu’une déception éphémère lorsque je suis la victime. En tant que passionné, il me faut tout de même un temps de digestion certain pour parvenir à replacer le sport à sa place de loisirs mais j’y parviens dans un délai raisonnable. En revanche, lorsqu’il s’agit des règles et des arbitres du quotidien, j’ai beaucoup plus de mal à accepter d’être jugé à la légère. C’est pourtant cela la réalité, sociale et professionnelle. Peu importe que vous soyez dans votre meilleure forme, que vos jambes et votre courage soient capables de vous faire décrocher les étoiles, peu importe ce que vous avez fait avant ou même ce que vous êtes convaincu de pouvoir faire après, votre pouvoir de décision et votre champ d’action sont bridés. Pris dans votre élan vous ne voyez pas toujours l’arbitre mais vous ne manquerez pas son coup de sifflet. Il vous autorise à entrer, vous demande de quitter le terrain, il vous accorde la faute ou donne le ballon à l’adversaire. Dans le sport on dit que l’arbitre a toujours raison. Dans la vie disons qu’il a toujours le dernier mot. Cela revient au même mais les conséquences sont différentes. Il faut des règles, c’est certain. Mais est-ce que celui qui tient le sifflet tire vraiment les ficelles ? Je suis certainement mauvais joueur sur ce coup-là. Etre soumis à la décision de celui qui depuis le coup d’envoi s’est surtout illustré dans le rôle de spectateur ne me met pas dans les meilleures conditions.

Et il faudrait tendre l’autre joue…

13ème jour : croiser le cuivre

Comme souvent le dimanche après-midi, pour le plus grand bonheur de ma dame, c’est sur un terrain de football, qui plus est dans un short, que l’on pouvait me trouver. Si tant est que quelqu’un ait eu l’idée de me chercher. Une victoire 3 à 0 « à la maison », le dernier match avant la célèbre trêve hivernale que les épouses trouvent toujours trop courte. Cette satisfaction ne me faisait pourtant pas oublier mon échec cuisant de la matinée lors de ma première fournée de canelés bordelais avec mon nouveau matériel. Par « nouveau matériel », je parle de superbes moules en cuivre offerts par mes collègues le jour de mon départ. Ils étaient au courant de mon désir pâtissier et ont visé juste avec ce cadeau. J’ai donc expérimenté mon four à des températures que je ne lui avais pas encore infligé, des moules dans une matière dont je ne connaissais pas encore les réactions, eux-mêmes chemisés de cire d’abeille selon la recette traditionnelle. Oui je me cherche des excuses. Et du coup, j’en trouve. Au final, gustativement il y avait du goût et visuellement… il n’y avait pas de visuel. Le démoulage fit l’objet d’une négociation des plus délicates. Je devais me rendre à l’évidence, les moules en cuivre avaient pris les canelés en otage. Je refusais en bloc les demandes de rançon tout en faisant mon possible pour ramener le cuivre à la raison. Rien à faire. J’ai du employer la manière forte mais je garde au secret la méthode employée pour être certain que personne ne s’y aventurera. Il en va de l’honneur de la pâtisserie.

Mais l’évènement le plus marquant du jour se résume de la façon suivante : J-1. Oui, c’est demain. A 11h précises. C’est demain que Pôle et moi allons goûter nos retrouvailles. J’ai d’ores et déjà préparé des papiers, ceux qu’il préfère, j’espère que cela lui fera plaisir. Je connais son côté perfectionniste, il trouvera sûrement qu’il manque un petit quelque chose.

Sacré Pôle.