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Salut à toi Pôle (the fin part 2)

Entre toi et moi Pôle, c’est un beau roman, c’est une belle histoire. C’est une romance d’aujourd’hui. Et si j’en parle encore au présent c’est parce que je sais que nous n’en avons sans doute pas fini.

Il nous aura fallu 300 jours pour nous comprendre, 9 mois de formation du haut de mes 31 ans sur les bancs de l’école au Centre de Formation d’Apprentis, 7 heures d’épreuve pratique et 3 heures d’épreuves théoriques pour que je valide cette première étape déterminante de ma reconversion professionnelle. Oui Pôle, les résultats sont tombés, tu as en face de toi et de ton écran un titulaire du CAP Pâtissier. C’est fait. Et quand tu sais ce qu’il a fallu faire pour en arriver là, tu imagines ma joie et ma fierté. Le premier problème est bien là d’ailleurs, tu ne sais pas ce qu’il a fallu faire pour en arriver là. Je me revois encore venir te voir, rencontrer tes conseillers, leur poser des questions auxquelles ils n’avaient pas de réponse. Je décidai alors de directement revenir avec des réponses et même après cela tu ne t’es jamais posé de questions. Je me suis inscrit sur tes listes, j’ai rempli des formulaires à coups de croix et de signatures, je me suis actualisé, je suis venu te voir sur convocation ou de mon plein gré. C’est sans doute pour tout cela que c’est d’abord à toi que j’ai pensé lorsque j’ai lu la mention « Admis » en face de mon nom le jour des résultats. C’est un peu pas grâce à toi que tout cela m’arrive et fais-moi confiance, je saurais m’en souvenir. Mais tu sais Pôle, je n’ai pas de rancune. Pas trop. Je n’ai jamais jeté la pierre à tes conseillers, j’en ai même rencontré des compétents. Enfin un au moins. D’ailleurs c’était pas un mais une, et c’était la seule en fait. Et manque de chance, il ne s’agissait pas de ma « conseillère personnelle », celle dont le nom figure sur tous les documents que tu m’envoies et que je soupçonne de ne pas exister, mais d’une autre rencontrée au hasard de l’une de mes errances dans tes bureaux. Je comprends les difficultés de ton équipe, je suis simplement moins coopératif lorsque j’en suis la victime. Je trouve d’ailleurs anormal que quiconque en soit la victime. Bon allez, je garde l’esprit à la fête, je ne vais pas te refaire ce chapitre, je t’ai déjà tout dit.

Je ne me suis pas fait que des amis d’ailleurs au travers de notre relation. Certains n’ont pas apprécié que je parle de toi comme j’ai pu le faire parfois, pour eux j’avais même mérité ce qui m’arrivait lors de mes nombreuses déconvenues et je n’avais qu’à me débrouiller tout seul puisque j’étais si fort. J’entends. Le point commun entre toutes ces personnes, ou presque, c’est qu’elles travaillent chez toi, pour toi ou avec toi. Tu peux donc te réjouir face à cet esprit d’équipe qui à mon sens n’aide pas le débat à s’élever, faute d’objectivité. Je n’ai pas cherché à faire l’unanimité dans mes correspondances avec toi Pôle, et pour tout te dire, quand j’ai commencé j’ai surtout fait ça pour rire. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai vu que la caricature que je m’apprêtais à faire était bien en dessous de la réalité. Je n’ai pas cherché à jouer les enquêteurs, je me suis contenté de décrire. Parfois en grossissant le trait évidemment, l’humour m’aidant à accepter les aberrations. J’ai fait tout cela pour tout ceux qui n’ont pas osé le faire, pour tout ceux qui retrouvent un peu de leur parcours dans le mien, ceux qui ont des questions qui flottent dans l’air de tes agences, cet air saturé par le stress, la tension, la mauvaise volonté des uns et le dépit des autres. Pôle, on parle de toi chaque jour ou presque dans les médias. Tu fais partie de la vie d’un nombre de foyers en perpétuelle croissance, et encore je parle uniquement de ceux qui ont un foyer. Tu es comme n’importe laquelle de ces stars à paillettes que l’on voit partout de la télé aux couvertures de magazines mais qui ne servent à rien. Ton malheur à toi, c’est que tu n’as rien demandé, tu n’as pas voulu devenir… ça. Tu ne peux pas changer seul et personne ne prend l’initiative de te changer, tu es finalement aussi paumé que n’importe quel chômeur se présentant à l’accueil. C’est sur toi qu’on tape, c’est sur toi que je tape, mais au fond nous savons tous que tu n’y es pas pour grand chose. Nous sommes tombés dans le panneau, le fameux panneau d’impasse que tu devrais installer à l’entrée de chacune de tes agences. Tes créateurs ont fait de toi le référent suprême de l’emploi mais avec ta fiche de poste vierge, tu es devenu la principale cause de chômage. Comble de l’ironie, un récent rapport pointe même ton « inefficacité« . Oui, je partage ce point de vue, mais que fait-on maintenant après ce nouveau constat ? Attend-on la prochaine goutte d’eau qui fera déborder les pots cassés ? Ce système est vicieux, comme le cercle dans lequel on nous fait brouter.

Pôle, tu me permettras tout de même d’adresser quelques remerciements. Evidemment pas à toi, malgré mon affection, cela n’aurait aucun sens. Je souhaite remercier tout ceux qui ont suivi cette aventure, ces lecteurs assidus, ceux qui m’ont écrit pour m’apporter une forme de soutien, ceux qui ont déjà vécu la même chose, ceux qui s’apprêtent à le vivre. Vous êtes nombreux, une telle audience m’a d’ailleurs surpris, puis touché. Je remercie l’équipe du Centre de Formation d’Apprentis de Boulazac en Dordogne pour la qualité de la formation, Catherine Thierry pour la partie administrative, l’ensemble des professeurs avec une mention spéciale pour les professeurs de pâtisserie Philippe Marcère, Abel Later et particulièrement Robert Guerre avec qui j’ai eu le plaisir de  passer le plus clair de mon temps à apprendre. Un message personnel à mes camarades de classe, reconvertis professionnels nouvellement diplômés en pâtisserie, boulangerie, boucherie et charcuterie, « on l’a fait les gars » ! Je remercie mes amis et ma famille de l’intérêt qu’ils ont porté à ce changement radical, et particulièrement ma bien-aimée qui a vécu tout cela à mes côtés, au plus près, dans les moments les plus difficiles et les plus heureux. Je ne retiendrai que le meilleur, le résultat, tout en gardant le reste à l’esprit. Je laisse nos querelles derrière moi Pôle, la suite m’appartient. Je vais mettre tout mon coeur dans la création d’une entreprise qui fera de moi un véritable reconverti professionnel, tout cela n’était qu’une introduction.

Allez salut à toi Pôle, prends soin de toi. Tu garderas toujours une place dans mon coeur de chômeur, d’autant que nous sommes tous voués à revenir te voir bien plus vite que nous l’imaginons. A l’occasion, n’hésite pas à me dire ce qui n’allait pas avec moi, je ne voudrais pas être l’unique apprenti donneur de leçons. Moi aussi dans mon nouveau métier j’ai tout à apprendre. L’échange et le dialogue mais surtout l’action sont primordiaux pour ces délicates questions de courbe de chômage à inverser…

Si d’aventure durant l’été tu croisais le RSI, parle lui un peu de moi. De cette façon lorsqu’il me rencontrera, il sera moins surpris.

Ton dévoué, moi, Yohan Grangier, 33 ans, reconverti professionnel.

A lire dans le journal Sud-Ouest: « Périgueux: le dernier billet d’humour du tout nouveau pâtissier »

The fin (part 1)

Ca y est Pôle. Oui, Ca y est.

Mes examens sont passés. Terminés. D’une certaine façon, le CAP Pâtissier est derrière moi. Déjà. Tu sais ce que je pense de ma prestation lors de l’épreuve pratique, je crois pouvoir te dire que les épreuves écrites qui se terminaient aujourd’hui se sont bien déroulées. C’est avec une forme de soulagement et presque de satisfaction que j’ai quitté tout à l’heure le Centre de Formation d’Apprentis, aux alentours de midi. Je dis « presque de satisfaction » car, comme toutes et tous, j’entre désormais dans la salle d’attente des résultats. Alors la satisfaction, on en reparlera plus tard.

Avec mes camarades reconvertis professionnels, les « PRF » comme on nous appelle (pour Plan Régional de Formation, le dispositif qui nous a permis de suivre nos formations respectives), nous avions décidé de ne pas nous quitter comme ça et d’aller manger ensemble. Dès notre rencontre, nous options pour une tendance visant à former une joyeuse équipe composée de quatre bouchers, une charcutière, deux boulangers, une boulangère, une pâtissière et un pâtissier. Tous en devenir, évidemment. Pour en revenir à la satisfaction, je crois que nous pouvons tous au moins être satisfaits d’avoir mené à bien cette aventure de reconversion professionnelle passant par la case école, du premier au dernier jour. Avec des hauts, des bas, des révélations, de la réussite et des remises en question. La vie en somme! Tu sais Pôle, j’ai vu mes copains épanouis, investis, je les ai vu heureux d’être là même si chacun a connu des moments difficiles. Chacun savait pourquoi il était là et avait conscience de sa chance tellement les places étaient rares. La reconversion professionnelle Pôle, c’est une orientation que tu devrais explorer un peu plus en profondeur. Non pas pour toi, enfin quoique, mais pour nous tes administrés. Il y a ceux qui savent qu’ils veulent changer de vie professionnelle et ceux-là attendront des réponses à leurs questions et de l’aide de ta part puisque tu es le messie compte tenu de ton monopole sur la question de l’emploi. Enfin plutôt du chômage. Bref. Puis il y a  ceux qui n’ont pas encore envisagé que le retour à l’emploi pourrait passer par la reconversion. Pour ceux-là, tu deviendras un héros. Pense à la bonne presse qu’ils te feraient, imagine ton blason redoré. C’est à toi de jouer.

Mais non, Pôle, je ne vais pas t’apprendre à faire ton métier. Je n’en serais pas capable mais je peux t’aider…. Et puis je viens tout juste d’en apprendre un nouveau métier et justement, j’ai du boulot.

PS: avant de te quitter, je te laisse une photo de mes camarades de classe, les fameux PRF. Nous n’y sommes pas tous mais si tu regardes bien tu t’apercevras que l’on pense fort à ceux qui n’ont pas pu être là : Alexandre, Thibaud, Jérémie et Vincent, nos copains bouchers.

Je te présente, de gauche à droite: Gaspard (boulanger), Hélène (boulangère), ton serviteur, Karine (pâtissière), François (boulanger), Mathilde (charcutière).

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298ème jour: 404

Je me suis trompé.

Aujourd’hui, c’était la réunion de rentrée au Centre de Formation de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat. Le grand jour, au moins autant que le premier jour d’école qui lui aura lieu dès la semaine prochaine. Séquence émotion. J’étais convié parmi les onze autres heureux élus du Plan Régional de Formation, de futurs bouchers, charcutiers, boulangers et donc pâtissiers. La réunion consistait en la découverte des emplois du temps, l’organisation des cours, les stages en entreprise, les dossiers de rémunération, le tout conclu par une visite de l’établissement. Si on laisse de côté la partie rémunération, la situation ressemblait en tout point à une vraie rentrée des classes. J’étais bien. Je revenais à l’école et j’étais bien. Cependant, car il y a un « cependant » à défaut d’y avoir un « mais », il s’est produit dans les premières minutes un évènement, disons, troublant. Ca y est, qu’a-t-il encore trouvé êtes-vous en train de vous dire. Ne bougez pas, je continue. La personne qui anime la réunion est désormais notre référente au sein de l’établissement. C’est d’ailleurs elle qui m’a annoncé quelques jours plus tôt que j’étais retenu pour suivre le CAP Pâtissier. Une femme bien donc, en tout objectivité bien entendu. Elle ouvre la réunion en nous donnant à chacun un dossier sur lequel figurait notre nom. Mais mon dossier à moi ne faisait pas mention uniquement de mon nom, il y avait une petite note indiquant que j’avais un rendez-vous à 16h, après la réunion. Bravo, joli coup, premier jour et je suis déjà convoqué au bureau. Je ne connais pas l’objet de cette entrevue privilégiée mais j’apprends que ce sera avec la personne qui représentait la Chambre des Métiers lors de mon entretien individuel. Rien que ça. Au rythme d’un timing très précis tout au long des deux heures pendant lesquelles a duré la réunion, je pensais à ce dont on voulait me parler. Aucune idée.

Et la réunion se termine. Elève discipliné, je me rends donc à ce rendez-vous intrigant. Clin d’oeil de ma folle épopée vieille de presque 300 jours, je me retrouve dans le bureau dans lequel j’ai passé ce fameux entretien, face à la même interlocutrice. De quoi va-t-on parler ? Que veut-elle me dire ? Allez-y, prenez quinze secondes pour faire vos pronostics… Alors, une idée ? Je ne sais pas pourquoi, mais c’est sans doute parce qu’on commence à bien se connaitre vous et moi, je crois que certains d’entre vous voient juste. C’est tout simplement de… mon blog dont il allait être question. Nous allions aborder « un point de communication ». A force d’écrire, de m’offrir une tribune presque quotidienne dans laquelle j’enrage après l’administration qui m’entoure, j’ai fini par être écouté. Enfin entendu. Lu, plus précisément. Il semblerait que j’ai eu quelques lecteurs faisant partie des décideurs, des financeurs, des sphères hiérarchiques aptes à décider si oui ou non ma reconversion professionnelle allait prendre son envol ou resterait cloué au sol. Chez Pôle. Ces lecteurs influents se seraient étonnés d’apprendre quel avait été mon ressenti à la sortie de mon entretien individuel, une étape quelque peu complexe si vos souvenirs sont bons. Alors pourquoi auraient-ils pu s’émouvoir de mes confidences ? J’ai la réponse. Le fin mot de l’histoire. J’ai très mal vécu cet entretien, trop court, pressé par le temps et le nombre conséquent de candidats, j’en suis sorti vidé avec la sensation de n’avoir pourtant rien sorti, rien de concret, rien d’intéressant. Un paradoxe proche de l’échec, un tout ça pour ça de circonstance. Seulement voilà. Je me suis trompé. Voyez-vous, cela m’arrive même à moi, soyez donc tranquilles pour votre cas personnel vous dirait ma modestie. Oui, je me suis trompé et je l’ai appris aujourd’hui. Lorsque j’ai fermé la porte au nez de cet entretien individuel, ce qui se jouait dans le bureau que je quittais était exactement l’inverse de ce qui me passait par la tête. Pour le jury, la décision était sans appel. J’étais retenu, cette formation était pour moi, ma place était réservée, validée, j’avais convaincu ce jury dont faisait partie celle qui aujourd’hui me contait cette histoire. Je m’étais trompé. Complètement. La faute à la pression des jours précédents, la faute aux aberrations passées, la faute au stress qui fausse un instant ma perception de ce qui se passe, ma faute à moi. Cette porte qu’on m’avait ouverte, ce bureau dans lequel je m’étais senti transparent, cet endroit que j’avais quitté contrarié, c’est ici que tout a commencé finalement. J’avais été remercié trop vite à mon goût, il n’en fallait pourtant pas davantage au jury pour retenir ma candidature. D’où l’étonnement de ceux qui ont fait que je fais ma rentrée en CAP Pâtissier, au bout du suspense. Je m’étais trompé. Complètement. Mais j’avoue qu’il n’est pas désagréable de se tromper quand on connait une fin si heureuse.

Ce rendez-vous s’est conclu par une information tout à fait sérieuse et importante malgré une certaine dimension humoristique. J’apprends qu’il y a une conseillère pédagogique au sein de l’établissement et que je peux m’adresser à elle à n’importe quel moment si quelque chose me chagrine , si mon esprit critique légendaire veut se manifester. Ironie de l’histoire. Mais, je le confesse, je n’ai jamais craché dans la soupe. Déjà parce que c’est dégoutant et parce qu’en plus on ne gaspille pas la nourriture. Mon premier objectif était de passer les portes du Centre de Formation et pour cela les solutions ne dépendaient pas de moi. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. C’est à moi de jouer. Et de ne plus me tromper.