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92ème jour : agent double

Après tout je l’aurais bien mérité. Si je me fais attraper par Pôle, je le reconnais, je l’aurais bien mérité.

Je mène une double vie professionnelle, si mon statut de chômeur me permet d’employer le terme « professionnel ». Officiellement, et pour les papiers surtout, je file le parfait amour avec Pôle. Mais dans les faits, la relation à laquelle je n’osais me laisser aller avec la Chambre des Métiers et de l’Artisanat  a pris une toute autre dimension. Vous savez ce que c’est, à l’heure de l’identité numérique et des réseaux sociaux, on se demande en amis, on se « j’aime », on « tchat », on aborde des sujets qu’on aurait peut-être jamais ne serait-ce qu’effleuré, en clair on fait tomber les tabous. C’est exactement ce qui est en train de se passer entre la Chambre des Métiers et moi. Elle m’avait contacté il y a quelques jours, intriguée par le récit de ma reconversion professionnelle et se sentant presque mise en cause quant à la lenteur d’esprit de mes interlocuteurs, j’ai alors profité de cette connexion pour en savoir plus sur elle. Je lui posais des questions, elle me répondait, il n’en fallait pas plus pour officialiser mon infidélité envers Pôle. Il ne doit pas l’apprendre, s’il comprend que je peux faire tant de choses sans passer par lui alors que je suis l’un de ses disciples, il pourrait se sentir inutile. Et ce serait vraiment dommage. Qu’il se sente inutile, ce serait dommage. Non ?

Et c’est grâce à mes correspondances électroniques avec la Chambre des Métiers que j’ai découvert que, s’agissant de la fabrication et de la vente de biscuits, gâteaux secs, cakes, muffins et autres réjouissances de la même gamme, le CAP Pâtissier n’est pas obligatoire. Tiens donc. La différence avec ce que j’appellerais la pâtisserie traditionnelle tiendrait dans la notion de « denrées périssables ». Il serait donc possible d’exercer le métier de pâtissier sans diplôme à condition de se restreindre à la vente de biscuits. Très intéressant. Très intéressant car une part importante de mon projet repose sur ce genre de gourmandises et il pourrait bien s’agir là de mon plan B. En imaginant que pour une raison absurde dont Pôle a le secret je ne puisse accéder à la formation de CAP Pâtissier, j’aurais éventuellement une issue pour me remettre dans le circuit des gens respectables, ceux qui ont un métier. Petit rappel de timing, je n’ai pas tout mon temps.

Dites jamais que je vous ai dit ça ou c’est Pôle qui me tue.

71ème jour : au rendez-vous

Ca y est, j’ai mon premier rendez-vous avec un pâtissier. Un vrai. Un vrai rendez-vous et un vrai pâtissier. Il s’agit de celui qui avait mis à peine deux heures pour m’appeler après un simple mail que je lui avais adressé, ma foi fort bien rédigé comme vous vous en doutez. Pour envoyer ce message, j’étais passé par les réseaux sociaux, cette plateforme où les relations se décomplexent à la vitesse 2.0 et dans laquelle les amitiés virtuelles se créent au rythme des photographies d’assiettes de restaurant, de chats, de bébés, d’assiettes de restaurant, de chats et de bébés. Partant de ce constat faisant fi de la pudeur et de la politesse au sens traditionnel du terme, j’avais directement tutoyé par écrit mon « ami » pâtissier, lequel m’avait ramené dans le monde des êtres humains en employant le vouvoiement circonstancié lorsqu’il s’agit d’une première prise de contact avec un adulte a priori inconnu. Soudainement conscient de ma rédaction présomptueuse, je me conformais volontiers à vous. Enfin à lui, lui avec qui j’ai donc rendez-vous lundi prochain pour parler stage et découverte.

Dans l’excitation de ce qui n’était pourtant à ce stade qu’une ligne dans mon agenda, je décidai d’aller voir directement deux pâtisseries près de chez moi pour me présenter, ce qui devrait tout d’abord faire grand plaisir à celles ou ceux que je rencontrerai sur place. Je comptais utiliser la méthode conventionnelle déjà citée ici, celle de la lettre de motivation et du CV puis j’ai réfléchi. Oui. Et j’ai fini par me raviser. Outre les économies d’encre, de papiers, d’enveloppes et de timbres, je ne voyais aucun intérêt à présenter celui que j’étais avant, professionnellement parlant. J’ai également pensé que l’artisanat et ses artisans constituaient un monde où l’on pouvait se parler, échanger, partager, tenter sa chance. On dirait que je suis déjà chauvin. Ou peut-être simplement un bon gros fayot qui veut sa place, encore mon côté premier de la classe qui revient à la charge. Selon les aléas de ma journée de papa, je vais tenter d’aller voir ces pâtisseries demain. J’en profiterai également pour confirmer mon stage en grande distribution en parlant calendrier car pour le moment, je n’ai pas été rappelé malgré un accord de principe.

Je me demande comment va Pôle, avec ce mauvais temps il ne faudrait pas qu’il attrape froid.