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18ème jour : Very Important Chômeur

Aujourd’hui, j’ai été interviewé. Un grand quotidien national avait besoin d’un avis éclairé, le mien en l’occurrence, au sujet de l’intervention militaire française en Centrafrique et ses répercussions aussi bien sur l’image de l’armée tricolore que sur la côte de popularité gris foncé du mari de la première dame de France. Bon d’accord… Je reprends.

Aujourd’hui, j’ai été interviewé. Un journal local s’est intéressé à mon blog et a voulu en savoir plus sur ma démarche. Arrivé (à l’heure) dans les locaux du canard, je suis tout d’abord reçu par un photographe qui va se charger de sublimer la lumière de la pièce pour faire honneur à ce visage jalousé que la nature m’a justement offert. J’imagine qu’il gardera quelques clichés pour sa collection personnelle, d’autant que je ne lui demande aucun droits sur les tirages. Parmi le reste sera sélectionnée l’image qui servira d’illustration à l’article qui m’est consacré.

Je suis ensuite reçu par la journaliste à qui on a dit la veille que moi, Yohan Grangier, 31 ans, futur reconverti professionnel, j’avais décidé d’ouvrir un blog il y a 18 jours de ça. Elle ouvre la discussion de manière tout à fait franche en m’expliquant qu’elle n’a eu le temps de lire que le début et la fin de mon récit. Je m’aperçois rapidement qu’elle est pourtant très au point sur le sujet. J’en conclue ainsi que tout ce que j’avais pu écrire entre le 2ème et le 17ème jour était facultatif et je me réjouis de ne pas avoir choisi écrivain comme reconversion.

La journaliste est au courant de la rupture conventionnelle déposée en avance au pied du sapin, elle connaît le nom du Père Noël, la nature de mon projet actuel ainsi que les quelques embûches déjà rencontrées. Embûches, de Noël aussi, évidemment. A cet instant je regrette de n’avoir pas amené avec moi le courrier reçu hier de la part de Pôle, persuadé que cette journaliste documentée aurait fait une excellente conseillère pour faire avancer mon dossier. Tant pis. Alors on discute, on échange, on parle, on dialogue, on communique. J’ai la sensation de me répéter mais chaque fois d’une manière différente. Plus la conversation avance et plus cette journaliste me fait penser à vous, chers lecteurs. Comme vous, elle a l’air tellement heureuse que je lui parle de moi. Ce que j’attends de voir maintenant, c’est la façon dont elle aura retranscrit cette rencontre.

Il n’y aurait pas grand intérêt à ce que je vous donne ses questions et mes réponses, bien que cela vous permettrait d’une certaine façon de savoir ce que ça fait d’être l’heureux détenteur du journal du lendemain. J’ai tenté d’être clair sur un point. C’est déjà pas mal. Moi on s’en fiche, idem pour le fait que je veuille devenir pâtissier, et je vous dispense d’ailleurs de confirmer. Ce qui m’intéresse, ce que je trouve d’une drôlerie extrême, c’est de décrire ce parcours du combattant qui s’offre à moi, un itinéraire parsemé de mines administratives antipersonnel et d’effets d’annonces dégoupillés qui feront des victimes parmi la population civile. La presse s’y intéresse déjà alors que je n’ai pas fait grand chose, je vois désormais à quoi ressemble le quotidien d’un candidat de télé-réalité. La journaliste a d’ailleurs eu une phrase très juste en résumant la situation par un « J’ai testé pour vous la vie d’un chômeur qui veut se reconvertir ».

Vis ma vie de confessé intime.