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Moi, Yohan Grangier, 31 ans, futur reconverti professionnel.

Rire jaune

Qui de l’œuf ou de la poule créé des déchets le premier ? Vous avez deux heures. 

Lorsqu’on met le nez dans les poubelles, ça sent les ordures certes mais ça sent aussi les arrangements entre amis, l’argent et la convivialité sélective. En décidant d’opter pour la discussion, on comprend assez rapidement ses bienfaits et on découvre tout un tas de choses permettant alors d’avoir une vision claire d’une situation et pourquoi pas d’en tirer conclusions et avis. Une espèce de sentiment du travail bien fait. Sinon il y a l’improvisation contrôlée, méthode permettant de faire tout, n’importe quoi puis son contraire tout en conservant ses intérêts, voire même en les faisant fructifier pour les plus habiles. Mais trêve de formule, passons aux illustrations. Croyez-vous par exemple que nous saurons un jour comment ont été choisis les emplacements dits « judicieux » des sites de poubelles ? Ces fameux sites sous l’immunité du domaine public sont le résultat d’intenses réunions de travail si l’on en croit la version officielle mais pas la moindre trace de concertation publique. Le domaine est public, pas la concertation. Vous suivez ? Sur la commune de Coulounieix-Chamiers, une réunion d’information a été organisée pour parler poubelles. Et là, vous suivez toujours ? Pourquoi là-bas et pas ailleurs ? De mauvaises rumeurs racontent même qu’un simple coup de fil à sa mairie suffisait à réduire en poussières ce qui était pourtant un « choix judicieux » et permettait donc de dire non aux poubelles. Sous réserve bien sûr d’avoir su au préalable que les poubelles arrivaient. Dans la famille « préalable » d’ailleurs, je demande le père. Monsieur Protano évoque 600 poubelles qui seront déployées. Ok. Il se trouve que les premières ont été installées alors même que le Grand Périgueux n’avait pas un seul camion apte à les collecter. Aujourd’hui, il y a 3 camions. Il y aurait pu y en avoir un 4ème dès le mois de juin, mais voilà qu’il est en retard. Bonne nouvelle pour les payeurs, nous en l’occurrence, ce retard fera l’objet d’une compensation financière qui contribuera sans aucun doute à avancer l’échéance de l’exonération au moins partielle de la taxe sur les ordures ménagères. Me trompe-je ? Pour éviter tout débordement, c’est le cas de le dire, on aurait pu penser qu’il était préférable de savoir de combien de camions on disposait pour répartir au mieux les poubelles à collecter ainsi que les tournées. Or dans ce cas précis, on sait combien on va avoir de poubelles mais aucune certitude sur les livraisons de camions. Et les chauffeurs d’ailleurs qu’en pensent-ils ? J’imagine qu’à eux aussi on a dû leur sortir l’argument ultime disant en substance: « si on avait demandé à tous les chauffeurs, on aurait jamais commandé un seul camion. » 

Alors oui, il y a les gens. Et les cons. Ceux qui se débarrassent de leurs merdes en pensant qu’ils n’en sont plus responsables à partir du moment oú ils ont quitté leur maison. Mais il y a aussi ceux qui décident, les élus, pour lesquels je n’ai pas encore de petit sobriquet ce qui déséquilibre quelque peu mon jugement quand j’y pense. Ces élus pour lesquels souvent on ne sait même pas qu’un jour on a voté pour eux. Peut-être parce qu’on ne s’intéresse pas assez à ces questions, peut-être parce qu’une force obscure fait en sorte qu’on ne s’y intéresse pas trop. C’est encore autre chose. Enfin non pas tant que ça. Mieux vaut en rire. En rire jaune, ok. Jaune comme le recyclage, un jaune qui permettra à ce rire d’être réutilisé encore et encore. Jaune comme le sac dans lequel on jette ses déchets recyclables, sac qu’il faudra peut-être bientôt complètement oublié! Il s’avère que ce bougre se retrouve dans un état de décomposition avancée à la fin du processus de tri. Les petits morceaux ainsi créés se font alors grain de sable dans les rouages et ralentissent la cadence. Pour la maintenir cette cadence, il est donc envisager la suppression pure et simple du sac jaune au profit d’un petit cabas dans lequel l’usager mettra ses déchets recyclables avant de les jeter directement dans la poubelle adéquate. C’est déjà le cas en centre-ville de Périgueux. Dommage, on a financé des panneaux d’indication expliquant qu’il est interdit, par exemple, de jeter ses cartons dans la poubelle jaune. Rien n’empêche de changer cela c’est certain, surtout si c’est au profit d’une meilleure cadence du processus de tri qui est, soit dit en passant, une machinerie qui fonctionne plutôt bien en terme de volume quotidien en Dordogne. Mais est-ce que quelques-uns n’ont pas voulu aller trop vite au risque de faire pour défaire ? Êtes-vous plutôt de bric ou de broc  ? Pas sûr de trouver quoi que ce soit de recyclable dans tout ça. Les recyclables papier et carton d’ailleurs qui, à la fin de la chaîne de tri à la Rampinsolle, partent en semi-remorque du côté de l’Espagne pour un bilan carbone de… Bref, je vous laisse là dessus. 

Tomber dans le panneau

Ca y est. J’ai mon panneau. J’espère que personne ne tombera dedans.

Ah les coïncidences… Bienvenues ou malvenues, elles sont là. Et c’est cette part de mystère qui fait leur charme. Depuis hier, le fameux panneau illustré présentant les bonnes pratiques d’utilisation a été posé sur le site des poubelles de mon jardin. Ce sont deux agents municipaux qui s’en sont chargés et qui, me semble-t-il, en ont profité pour en déposer sur d’autres sites de la commune. J’ai cru déduire également qu’ils avaient aussi ramassés les déchets qui se trouvaient ça et là et qui n’avaient pas pu être collectés par la benne, à savoir par exemple du vitrage et des câbles électriques. Voilà une mission rondement menée qui répond pour cette fois à la question: qui ramasse si ce n’est pas la benne ? Je dis « pour cette fois » car je ne sais pas s’il fait partie de la mission des agents municipaux de passer régulièrement sur les sites de poubelles enterrées et semi-enterrées pour ramasser la merde jeter par les cons et que la benne n’aura pas pu collecter. Je ne sais pas, je n’ai pas l’information, à juste titre puisque encore une fois il est bon de rappeler qu’aucune règlementation officielle en la matière n’existe, précisant par exemple les droits et les devoirs de chacun, y compris les décideurs, qu’il s’agisse de l’installation ou encore de l’entretien de ce nouveau matériel. Matériel fixe je le rappelle, non mobile, et donc susceptible de fournir un service à un endroit bien identifié mais également de créer des problèmes toujours au même endroit bien identifié. Le seul élément règlementaire que l’on connait est la sanction encourue pour « décharge sauvage », texte déjà existant et recyclé pour l’occasion. Pour le reste, rien. En matière de coïncidence, j’ai noté également aujourd’hui qu’à Champcevinel aucune poubelle n’était en vrac, pas de sacs qui dégueulent, pas de décharge improvisée. Deux options pourraient expliquer ce phénomène: tout d’abord une fréquence de passage de la benne plus élevée. Chez moi les poubelles jaunes ont déjà été vides deux fois pour cette semaine, les noires une fois. Ensuite, les cons ont peut-être pris conscience de leur état et se sont alors décidés à réfléchir et/ou à lire le fameux panneau explicatif illustré, celui qu’il faisait mine de ne pas voir ou de ne pas comprendre. Peut-être qu’il s’agit de tout ça à la fois et simplement de coïncidences.

Je n’ai pas eu de nouvelle de Monsieur Protano. Il n’a pour le moment pas donné suite à mon invitation à prendre le goûter dans mon jardin. Peut-être est-il en vacances, possible. Peut-être que je ne suis pas assez influent pour lui ce qui est sans doute la vérité, probablement. C’est dommage parce que j’avais encore pas mal de questions. Par exemple j’aurais aimé parlé de sécurité sur les sites de poubelles enterrées. Les heureux utilisateurs que nous sommes peuvent faire rapidement deux constats rien qu’en observant des choses simples: d’une part la profondeur d’une poubelle semi-enterrée comme celles de mon jardin et d’autre part la taille de l’ouverture par laquelle on introduit les sacs, pour celles et ceux qui ont compris que c’est bien à l’intérieur que l’on met son sac bien entendu. Inutile de sortir le mètre laser pour comprendre qu’un enfant aura tôt fait de tomber au fond de la poubelle si jamais il lui venait l’idée de s’y pencher pour une raison que seul un enfant envisagerait. Un enfant, ou un mec bourré d’ailleurs. Et qu’on ne vienne pas argumenter en disant qu’il s’agit d’une recherche de petite bête ou que ces situations sont parfaitement improbables car le principe même de la sécurité est d’envisager ce genre de choses. C’est d’ailleurs ce qui a été fait dans les déchèteries du département dans lesquelles après quelques accidents il a été décidé de réhausser les bennes de manière à éviter les chutes de remorques maitrisant mal la marche arrière par exemple. Ces travaux ont coûté un bon paquet pour dans un premier temps aboutir à des équipements non conformes. C’est con, c’est payé. Il a fallu revoir la copie et (re)passer à la caisse. Remplacez les remorques par des enfants et les bennes de la déchèterie par les poubelles de mon jardin et on y est. N’est-ce pas Monsieur Protano. Non c’est vraiment dommage que l’élu en charge des déchets ne vienne pas prendre le goûter chez moi parce que j’aurais voulu prendre des nouvelles des deux rippers, autrefois appelés éboueurs, que l’on ne voit plus dans les bennes maintenant que le chauffeur collecte seul. Où sont-ils passés ? Reclassés ? Il y avait beaucoup d’intérimaires qui eux sont retournés intérimer, mais les autres ? Comme dirait un ami à moi, on entre là dans « les catacombes de la fonction territoriale ». Et tant qu’on y est, la taxe sur le traitement des ordures ménagères, tout le monde en parle mais personne n’a de réponse. Maintenant que les contribuables ont vu des services leurs être supprimés, vont-ils bénéficier d’un recalcul de cette taxe ? A la baisse, il va sans dire. Réponse officieusement officielle, ou l’inverse d’ailleurs: non, les contribuables ne verront pas cette taxe baisser dans les premiers temps car il va falloir amortir le coût des nouvelles bennes et la formation des chauffeurs. Et après ces premiers temps qui, mais on va encore dire que je vois le mal partout, risquent étrangement de durer ? Attention, accrochez-vous, voici la réponse des décideurs: « après, on verra, on ne sait pas encore comment ça va se passer. » En résumé, lorsqu’il s’agit de ne pas songer à une réduction d’impôt il y a un argument clair en face. Lorsque cet argument ne tient plus et qu’il faudrait acter un nouveau calcul de l’impôt, on ne sait plus et on verra bien. Il y a tout de même la dedans une forme de cohérence dans la stratégie de nos chers élus.

En Dordogne on enfouit les ordures, on ne les incinère pas. Par contre, qu’est-ce qu’on nous enfume!

Inspecteur Poubelle

Les poubelles ont été vidées… Je répète… Les poubelles ont été vidées…

Alors oui ça y est. Les poubelles de mon jardin ont été vidées pour la première fois. Tout d’abord hier pour la poubelle jaune puis ce matin pour la poubelle noire. Celle contenant le verre a sans doute une capacité qui lui permettra d’attendre encore un peu. J’étais aux premières loges pour voir cela comme on peut l’imaginer, de bon matin, à la fraiche. Si je ne me trompe pas, c’est le même chauffeur qui est passé les deux fois. Extraction de poubelle impeccable, vidage intégral dans la benne de son camion, remise en place en douceur, le tout à la télécommande depuis le sol, du travail de professionnel. Il s’est également occuper de débarrasser les sacs jetés au sol mais a tout de même laissé trainer des choses qui ne correspondaient pas aux ordures collectées: une plaque de vitrage, des câbles électriques, une tête de balai… Je comprends tout à fait qu’il ne mette pas ça dans sa benne. Mais qui va ramasser ça alors ? L’autre question qui restait en suspens était de savoir si ma clôture serait détruite à chaque collecte du fait de la proximité entre les poubelles et celle-ci (au cas où quelqu’un n’aurait pas encore compris) mêlée à l’effet de balancier inévitable des poubelles en lévitation. A l’évidence, ça ne sera pas le cas. Il fallait un bon point, en voilà un. C’est peut-être sous l’effet de cette joie qui ne dit pas son nom que je me suis fait ce matin… mon premier contrevenant! Mais oui j’en ai chopé un! Enfin une, plus exactement. Je sais, c’est moche de s’en réjouir. Ce qui est assez cocasse, c’est que ce n’est pas dans les poubelles de mon jardin que je l’ai chopé. C’était dans le village mais pas dans mon jardin. Madame était en train de fourrer de cartons le conteneur jaune, exercice devenu un classique en la matière. Malheureusement pour elle, elle ne pouvait pas jouer la carte du « je ne savais pas » car sur ce site est présent un panneau d’explication, imagé de surcroit, qui empêche même d’utiliser l’excuse de l’analphabétisme. Donc, je décide de m’arrêter. Je baisse la vitre et je dis même bonjour. J’explique ensuite à Madame qu’elle ne doit pas jeter ses cartons dans ce conteneur qui n’est pas fait pour ça, d’une, et parce qu’elle va obstruer la trappe incitant alors les suivants à déposer les sacs au sol, deux. Elle s’étonne. Elle me répond qu’elle ne savait pas. Elle me précise qu’elle prend quand même le soin de les plier avant de les jeter. J’ai rêvé de lui dire qu’elle pourrait même en faire des origamis si ça lui chantait, ça ne changerait rien au fait que les cartons en l’état sont à déposer dans la benne adéquate à la déchèterie. Merde. J’ai pas dit au revoir. Parfois les poubelles ont l’odeur de la mauvaise foi.

Et sinon j’ai eu du courrier. De la mairie de Champcevinel. L’adjoint aux travaux que j’ai déjà évoqué me confirmait ses engagements en terme de tonte et de taille de haie. Il me précise par ailleurs qu’il ne trouve pas très « sympathique » que j’ébruite tout cela avant d’avoir reçu son courrier. Il semble le prendre personnellement même si je crois qu’il a très bien compris que je ne m’adresse pas à lui et qu’il n’est pas le problème. Quoi qu’il en soit je vais lui adresser une réponse en ce sens. Il est évident que des sujets comme celui-ci provoque des débats et/ou des polémiques. Mais il est important que chacun se contente de sa propre part de responsabilités, je prendrai la mienne pour avoir remuer les ordures, les élus prendront la leur pour avoir contribuer à ce que l’on dépose lesdites ordures contre mon grillage. On remarquera tout de même qu’à ce jour, les seuls qui auraient tendance à vouloir prendre la mouche sont du côté des décideurs. Il faudra suivre cette évolution de près. Tout comme il faudra suivre quelques sujets annexes que j’ai découvert en farfouillant, mais pas dans les poubelles cette fois-ci. Par exemple, les habitants de Périgueux s’en souviennent peut-être, un chantier avait débuté sur les boulevards, côté Montaigne, face à l’entrée d’une banque. Ces travaux ont duré le temps qu’ils ont duré puis ils ont été arrêté, les trous rebouchés, circulez, y’a rien à voir. Il s’agissait d’un chantier pour installer des poubelles enterrées. Aucun problème a priori puisqu’il s’agissait du domaine public. Alors pourquoi, dans ce cas précis, le chantier a-t-il été abandonné ? Est-ce que quelqu’un s’est plaint ? Est-ce la banque qui ne voulait pas de poubelles devant son entrée ? Ca m’intéresse.

Mais bon, le camion est passé collecter les ordures, ma clôture n’a pas été importunée, j’ai joué au super héros qui va sauver la planète en attrapant sur le fait une contrevenante. C’est pas si mal. Mais à peine deux heures après le passage du chauffeur, un con avait déjà posé ses merdes à côté des poubelles. On n’a pas fini.