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Moi, Yohan Grangier, 31 ans, futur reconverti professionnel.

Repartir pour un tour

Salut Pôle,

Il ne t’aura pas échappé que j’ai débuté une nouvelle carrière.

« Nouvelle », pas tant que cela finalement, et puis « carrière » on verra à la longue. Tiens-toi bien, accroche-toi à ta chaise si tu es au bureau ou au canapé si tu es en week-end, je suis de retour dans les métiers de la communication. Oui. Ce même métier que j’avais mis de côté pour devenir pâtissier, cette compétence que je n’ai jamais vraiment abandonné quelle que soit la casquette que je décidai de porter. Pôle, je me demande si tu ris ou si tu restes muet à la lecture de cette nouvelle. Les deux ne sont pas incompatibles cela dit. Tu pourrais penser « tout ça pour ça », je suis beau joueur, j’accepterai. Toi et moi, c’est l’amour vache.

Je suis devenu collaborateur de groupe politique et j’ai en charge le vaste sujet de la communication. Politique oui, carrément. Je te raconterai tout un de ces jours, je suis certain que tu trouveras cela passionnant, c’est mon cas. Je n’ai pas pour autant laisser de côté ma veste de pâtissier et mon amour du bon goût, je créé des recettes pour d’autres, je transmets, je forme un peu et puis je goûte beaucoup. Je vis pleinement chaque journée qui m’est proposée, entre le travail, la famille et le sport, avec l’objectif de retrouver un équilibre peu à peu perdu durant ces deux dernières années d’épreuves. Tu me connais, Pôle. Même à terre, je roule !

On n’est jamais à l’abri d’une surprise, bonne ou mauvaise. J’ai envie de te dire, ou juste de penser, que je n’aurais plus à t’importuner durant les trois prochaines années. Voilà une déclaration en forme de mantra que tu as déjà du entendre des centaines de fois, non ?

Salut Pôle. Prends soin de toi.

Descendu du ciel

Il y a déjà quelques semaines, mon copain Laurent s’inquiétait de ne plus avoir de nouvelles. Des nouvelles de toi, Pôle, de moi, de nous quoi. L’emploi, c’était son métier à Laurent. Puis un jour, en arrivant au carrefour de sa vie professionnelle, il a décidé de prendre une autre voie et je pense qu’il n’en est que plus heureux. Pôle, tu auras compris que je te parle de Laurent parce que toi et moi connaissons bien ce sujet. Et comme Laurent sait de quoi il parle et qu’il cherchait des nouvelles, en voici.

J’ai raccroché ma veste de pâtissier dans les vestiaires du tribunal de commerce de Périgueux. J’ai découvert des métiers pour moi inconnus jusque là. Le juge, le greffier, le mandataire judiciaire, le liquidateur, le commissaire priseur, un peu l’huissier, un peu l’avocat. Sur le papier, c’est effrayant. Particulièrement sur le papier recommandé avec accusé de réception. Seulement moi je n’ai pas le temps d’être effrayé, plus exactement j’estime que c’est un état qui ne m’apporterait rien, qui ne m’aiderait pas. Par chance, le simple fait de me le dire me suffit pour m’en convaincre et continuer à avancer. Je suis emporté dans la tempête silencieuse de la liquidation judiciaire de mon entreprise. Tout se démantèle étage par étage sans même que je sois particulièrement tenu informé. Le fonds de commerce invendu est rendu à son propriétaire agrémenté de quelques larmes, le commissaire priseur joue du marteau, mes années de travail se vendent aux enchères et c’est par le biais de Laurent que je l’apprends. Jusqu’à ce qu’un matin je reçoive ma convocation pour l’audience au tribunal de commerce, la dernière séance, celle durant laquelle je vais découvrir ce qui s’est décidé durant ces mois de procédure. Cela ne sera pas une fin pour autant, j’en doute, un véritable combat m’attend pour démontrer comment la crise sanitaire m’a privé de toutes solutions pour sauver mon activité, comment elle a transformé les fondations en incertitudes, comment elle a impacté mon quotidien et celui de ma famille. Je ne laisserai personne m’infliger quoi que ce soit de plus. Après tout, je n’ai pas fauté.

Le Père Noël vient tout juste de repartir. Jusqu’à nouvel ordre, je préfère croire qu’il existe, cela me laisse imaginer que le fond de l’air peut encore s’adoucir. En cette fin d’année, j’ai pu enfiler de nouveau ma veste de pâtissier sans repasser par les vestiaires du tribunal de commerce. J’ai à nouveau pu créer, produire, échanger, transmettre. Puis je vais débuter une nouvelle activité professionnelle. Dans l’espace temps de la durée déterminée, certes, mais tout de même. Je n’avais pas envisagé de redevenir salarié, je l’avais même exclu, mais le plan a changé. Comme le contexte, comme le monde.

Je ne vais pas tenter de réparer. Je vais reconstruire.

Mes amis, mes amours

J’ai toujours eu la chance de voir apparaître une lueur même dans les passages les plus troublés. La chance fait souvent référence au hasard alors je ne sais pas s’il s’agit réellement du bon terme.

Ma chance, c’est d’avoir de bons vieux amis. De ceux que l’on voit peu parce que les chemins s’éloignent sans jamais se perdre, les mêmes qui savent que le moment est venu de raviver la flamme. La voilà ma lueur. J’ai reçu un texto de Jonathan, l’un des plus vieux parmi les bons vieux amis. Il est au courant de la liquidation judiciaire, de la proche fin d’aventure, il sait d’où cela part et voit comment cela se termine. Alors il me montre qu’il est là, que Yohann et Aurélien sont là aussi. « On se voit peu mais on se voit bien » chantait un de nos artistes préférés. Ces jours-ci, il m’arrive de me demander ce que ces trois-là pensent de moi, ou plus exactement de ce que je fais de moi, ici. Je suis resté là où je suis né quand eux choisissaient d’autres horizons pour s’épanouir. Leurs parcours respectifs m’échappaient alors, les réussites comme les échecs, j’en venais à espérer suffisamment fort que chacun soit heureux pour établir une forme de compensation. Et je me disais que de leur côté ils en faisaient peut-être autant ce qui, à mon égard, est une aventure palpitante tant les cycles que je donne à ma vie sont riches en rebondissements.

Vu de l’extérieur, mon parcours pourrait ressembler à un vulgaire brouillon griffonné à main levé, un jour ici, un jour là et demain de retour ici. Ou là. La réalité est évidemment toute autre. Je dis « évidemment », je ne devrais pas, il n’y a rien d’évident sur le chemin, qu’il soit droit ou sinueux. Mais ce chemin justement, je le dessine. Mieux, je le décide. Chaque expérience me fait grandir, m’enrichit (pas au sens où l’entend mon banquier mais bon, comme il ne fait pas partie de mes bons vieux amis cela ne me tracasse pas trop) et me rend meilleur. Pas meilleur que toi, pas meilleur que lui, simplement meilleur. J’ai appris à travailler avec ma tête, avec mes mains, avec ma tête et mes mains, j’ai appris à travailler seul, avec les autres, j’ai appris d’eux, je leur ai appris. Je pratique l’humilité mais pas la modestie. Cela signifie que je suis impliqué et volontaire sans avoir besoin de préciser à qui veut l’entendre que je suis compétent et qu’en même temps, si je suis compétent, je sais le dire. Par honnêteté, ne serait-ce qu’envers moi-même, je sais dire avec la même facilité quand je ne sais pas, quand je ne sais pas faire voire même quand je suis particulièrement mauvais. Mais ce dernier cas n’arrive jamais, en toute modestie.