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Pourquoi faire simple ?

Salut Pôle,

Après une première tentative aux sérieux airs de déconvenue, j’avais décidé ce matin de retenter ma chance auprès de RSI. Cette fois-ci, j’ai joué les bons élèves, voire même le premier de la classe. Il faut téléphoner à RSI, alors j’ai téléphoné. Il faut aller sur le site internet de RSI, alors j’y suis allé.

Pôle, voilà où j’en suis. Après avoir reçu mon premier appel à cotisations de la part de RSI, j’ai demandé un délai de paiement pour le premier trimestre 2016 le temps pour moi de sortir un bilan et un compte de résultat de mon début d’activité. On peut faire cela parait-il, et ainsi tenter de se retrouver avec des cotisations au plus proche de la réalité. Alors je l’ai fait. RSI m’a accordé ce délai. Puis il m’a fallu un peu plus de temps que prévu pour saisir mes comptes. J’ai redemandé un délai. RSI m’a re-accordé ce délai. Ensuite, j’ai pris un rendez-vous. RSI m’a accordé le rendez-vous. Oui d’accord là je vais un peu loin. Toujours est-il que je voulais voir comment cela se passe à l’intérieur. Que se trame-t-il entre les murs de ce RSI dont tout le monde parle en des termes pour le moins fleuris ? J’allais le découvrir.

Je sonne à l’interphone. On me répond, je donne mon nom, mon prénom aussi d’ailleurs, on m’ouvre. Je découvre peut-être le visage de celle qui m’a refusé l’entrée la fois précédente. C’est sa collègue qui va me recevoir. Le bureau est minuscule, à tel point que je me suis demandé si cet espace était vraiment prévu pour être un bureau. En plein passage, en enfilade avec le bureau d’à côté, minuscule lui aussi. Pour l’intimité ou même la confidentialité, il faudra repasser. Mais comme je n’ai rien à cacher, cela ne me pose pas de problème particulier. Mon interlocutrice du jour est souriante et a connaissance du pourquoi de ma venue. Ses explications sont claires, ses calculs aussi. Effectivement, elle est en train de revoir mes cotisations à la baisse en se basant sur mes premiers chiffres. Elle va jusqu’à me proposer une prochaine entrevue courant juin pour ajuster encore. Je comprends tout. Et finalement je ne comprends rien. Si je me fie à tout ce que l’on m’a dit jusqu’à ce matin, et par « on » je pense à tous les abonnés RSI que j’ai rencontré, je suis en train de vivre très exactement l’inverse. Je ne comprends pas que je comprenne mais je fais avec. Je me dis que, parce que je suis tout neuf, jeune et fougueux, je ne vois pas la supercherie. Tu m’as tellement habitué à cela Pôle. Pour l’instant je prends ce que me dit RSI pour argent comptant. D’ailleurs c’est mon argent. La partie technique de ce premier rencard s’achève là, mon échéancier a été revu à la baisse et continuera d’être ajusté avec une meilleure vision sur mon activité.

– « Je peux vous poser une question ? »

Elle fait toujours un drôle d’effet, cette question. Entre surprise et inquiétude.

– « C’est vous qui écrivez dans un blog ? »

RSI savait qui j’étais. Il avait eu vent de mon précédent billet, celui où l’on m’avait laissé sur le trottoir, sous la pluie. J’apprends que ce billet est remonté jusqu’à la direction nationale de RSI, non pas grâce à son contenu mais à cause de réactions très extrêmes de certains abonnés voulant en découdre avec RSI, d’une manière ou d’une autre. Je me retrouve alors à discuter librement avec mon interlocutrice, de son travail, du mien. Elle semble connaitre parfaitement son affaire, les avantages et les inconvénients du système, elle parle vrai et avec pédagogie. Alors oui, dans la famille des chefs d’entreprise je suis un bleu. Ce matin j’ai peut-être été naïf, peut-être que dans six mois, huit mois, dix mois, un an, je repenserai à ce matin en me disant que je ne l’avais pas vu venir. Ou peut-être que j’ai vraiment compris comment aborder la chose RSI, comment rendre compréhensible ce bazar complètement tordu mais néanmoins lisible.

Pôle, j’étais mieux chez toi. C’était plus simple quand c’était clairement compliqué. Je ne comprenais jamais rien à ce que tu me disais à tel point que je n’attendais plus rien de toi. Ce matin j’ai compris ce que m’a expliqué RSI. Alors je m’inquiète.

Attentat à la stupeur

Salut Pôle.

Ce matin, j’ai eu mon premier contact avec RSI. Et avec Daesh par la même occasion. Oui, cela peut paraître curieux mais tu vas comprendre. Tu devrais tout au moins.

Alors voilà. J’avais une question. Tu me connais. J’ai appris qu’en faisant une « photo » de mes trois premiers mois d’activité, RSI serait en mesure de me calculer des cotisations au plus près de la réalité. De la science-fiction diront certains plus expérimentés en la matière. Personnellement j’ai l’ignorance du débutant sur le sujet. Ainsi, me voilà parti chez RSI, en urgence, car il me faut régler cette question avant vendredi, date théorique de mon premier appel à cotisations. Pour l’heure, mes comptes sont en saisie de manière à réaliser cette fameuse photo.

Comme RSI et moi en sommes toujours aux premiers émois, il ne m’avait pas donné sa nouvelle adresse. Je me dirige donc au mauvais endroit. Je repars alors vers la bonne adresse, aidée en cela par une affiche sur la porte close. Me voici au n°16 de la rue, pallier que l’on ne peut franchir qu’en sonnant au n°14. Pallier que l’on ne peut franchir qu’avec un rendez-vous pris par téléphone ou sur internet. Pallier que l’on ne peut franchir quand bon nous semble depuis les attentats récents. D’où ma rencontre avec Daesh. Je me retrouve alors dans cette situation absurde, je prends mon téléphone pour appeler la plateforme téléphonique qui me permettra de prendre un rendez-vous dans le lieu devant lequel je me trouve. Oui, j’ai sous les yeux une indication précise qui dit en substance: « Pour entrer au n°16, sonnez au n°14 mais seulement si vous avez rendez-vous ». Je caricature à peine. Puis j’appelle. La plateforme est en dérangement. RSI s’excuse de la gêne occasionnée. Je suis sur le trottoir. Il pleut. Je vis à cet instant ce genre de situation où l’on a l’impression qu’il ne pleut pas sur le trottoir d’en face. Je suis alors pris d’un coup de folie. Je n’ai pas de rendez-vous mais je vais quand même sonner au n°14 pour tenter d’entrer au n°16. Interphone. J’explique que je viens pour la première fois et que je découvre qu’il fallait un rendez-vous. Madame à l’autre bout me dit: « Oui ». Concis. Puis elle me dit qu’il faut téléphoner. Je réponds que je viens de le faire mais que c’est en dérangement. Elle me dit alors qu’il faut aller sur internet, parce qu’internet c’est mieux. J’en déduis alors qu’elle ne me donne la meilleure solution qu’en deuxième choix. Note pour plus tard. En somme, elle me dit sans me le dire qu’elle ne va pas me faire entrer. J’évoque le caractère urgent de ma demande mais il est trop tard, je n’ai pas suivi le protocole. Si j’ai bien tout compris, pour des questions vigipirates, RSI n’ouvre ses portes qu’à des personnes identifiées par une prise de rendez-vous tout en pensant plus sécurisé le fait de faire entrer quelqu’un qui a pris rendez-vous sur internet plutôt que celui qui est là face à lui, sur le trottoir. Et sous la pluie. Tout cela donc à cause de Daesh. Putain le terrorisme, ça va loin.

Tout ça, pour ça. 

Aujourd’hui, j’étais le numéro 43. Comme chez toi Pôle, aujourd’hui je n’étais pas moi, Yohan Grangier, 31 ans (bientôt 33 d’ailleurs, mais je t’expliquerai), futur reconverti professionnel. J’étais 43. Je passais mon examen, l’épreuve pratique du CAP Pâtissier. Ce fameux diplôme, cette qualification convoitée qui nous a permis de nous retrouver toi et moi, à intervalles plus ou moins constructifs et réguliers durant 300 jours. Et quelques.

Tout ce que j’ai fait durant les neuf derniers mois, je l’ai fait pour aujourd’hui. Il ne s’agit pas de l’unique épreuve pour obtenir le diplôme mais soyons sérieux, celle-ci est tout de même capitale. Je l’ai abordé avec la dose de stress réglementaire, ce matin dès 7 heures. Quelque chose comme de la tranquillité est revenue une fois que j’ai eu enfilé ma tenue, le plus dur restant pourtant à venir. J’avais désormais 6h30 pour réaliser 4 préparations différentes, de la brioche, une tarte au chocolat et à la banane, une charlotte à la poire et aux framboises et des Paris-Brest individuels. Je vais te faire grâce des détails de ma journée mais je te dirais quand même que tout a plutôt bien débuté, puis soudain je ne contrôlais plus grand chose et surtout pas la montre, j’ai eu à me battre contre un fond de tarte réfractaire, contre les lois de la congélation, celles de la cuisson, j’ai eu à me battre un peu contre moi aussi. Le stress réglementaire avait dépassé les limites que j’aurais voulu lui fixer. Mais finalement, j’ai tout sorti comme on dit. Et je parle des produits demandés bien entendu, ne va pas t’imaginer que j’ai tenté de jouer d’un atout pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes. En fin d’épreuve et dans le temps imparti, sur ma plaque de présentation il y avait bien les brioches, les Paris-Brest, la tarte chocolat-banane et la charlotte poire-framboises. Non, mes réalisations n’étaient pas comme je voulais, mais après m’être piégé moi-même, j’ai du me résoudre à faire comme je pouvais. Tout était là et la partie des questions orales s’était très bien passée.

J’ai lu il y a peu que la pâtisserie, c’est l’école de l’humilité. Pour une fois dans ma vie, je n’ai pas cherché à être le meilleur. J’étais là pour aller jusqu’au bout de mon engagement, pour obtenir ce diplôme pour lequel j’ai remué ciel et terre. Ton ciel et ta terre Pôle, en particulier. J’ai rempli une partie de mon objectif car je ne crois pas avoir été le meilleur aujourd’hui. Je vais tout de même me laisser aller à un pronostic et penser que j’ai fait le boulot. Perfectible certes, mais fait.

Es-tu fier de moi Pôle ? Non, pas encore tu as raison. Il me reste encore 2 épreuves cette semaine et les résultats ne seront connus qu’en juillet. Il me tarde que tu sois fier de moi.

Sincèrement, ton 43.