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Moi, Yohan Grangier, 31 ans, futur reconverti professionnel.

Les cons ça pose tout.

Deux jours après l’incident impliquant un ouvrier et ma clôture, celle-ci fut réparée par le fautif. J’ai donc pu à moitié pardonner, comme le veut l’adage.

En réalité, tout cela n’est qu’une partie du problème. Ce chantier sauvage, cette non-information, non-concertation, non-réflexion même. L’origine certes, mais une partie seulement. L’autre partie du problème pourrait vite s’avérer bien pire et presque irrémédiable. Il s’agit… des gens. Pour donner de la matière à ceux qui trouveraient mon discours inapproprié, futile voire même un peu hautain, je ne résiste pas à l’envie de déclarer que les gens sont des cons en plus d’être des porcs. Le problème, c’est que je fais aussi partie des gens et que donc potentiellement j’entre dans le cadre de cette description à la fois osée et spontanée. Soit. Imaginons quelques instants les gens, chez eux, dans leur propre maison. Soyez très attentif à l’action qui va suivre. Monsieur ou Madame (ou leurs enfants) se lèvent de table en tenant à la main une assiette avec quelques déchets. S’approchant de la poubelle située pourquoi pas dans la même pièce, où pensez-vous qu’ils vont jeter leurs déchets ? Réponse A: dans la poubelle. Réponse B: à même le sol, sur le carrelage, en se disant que quelqu’un d’autre finira bien par nettoyer. Ne tournons pas autour du pot, ni même de la poubelle, il fallait bien entendu opter pour la Réponse A. Donc, résumons. Chez lui, dans sa maison, le gens jette ses ordures dans sa poubelle. Mais une fois que ladite poubelle sort de sa maison à lui, il se fout bien de savoir où elle finira. Voici pourquoi, selon ce raisonnement imparable, le gens décide une fois arrivé face aux poubelles enterrées de les déposer tout d’abord au sol, puis ensuite par dessus les sacs au sol et finalement contre mon grillage, selon les règles d’un jeu d’adresse et d’équilibre qui se terminera sans aucun doute par une chute de sacs poubelle dans mon jardin. Cela fait environ une semaine que l’on peut venir composter contre mon grillage. Si seulement au moins c’était du compostage… Mais pourquoi se priver ? Absolument aucune mention sur place n’explique le fonctionnement de ces poubelles ni même les sanctions encourues en cas de « débordement ». C’est tellement mignon cette naïveté des décideurs qui ont pensé que les gens étaient bien élevés, responsables voire même éco-responsables. Ca me donnerait presque envie de glisser sur un arc-en-ciel à dos de licorne. Coeur avec les doigts sur vous et toutes vos réunions. Petite illustration récente. Après à peine une semaine d’utilisation, la poubelle jaune déborde déjà signant donc le début de l’happy hour et des sculptures en sacs poubelles. J’ai alors pensé qu’en plus des autres aberrations, les bacs avaient été sous dimensionnés. En m’approchant, j’ai trouvé une autre explication. Un con, oui oui je vous assure c’est comme ça qu’on dit, avait probablement rééquipé toute sa maison en matériel hi-fi, vidéo et autre électroménager. Dans cet élan de joie et pour profiter au mieux de son nouveau confort, le con décide d’aller jeter les emballages de son tout nouveau matériel. Arrivé devant ce que j’appellerai les poubelles de mon jardin, il décide d’enfouir les cartons entiers ainsi que des barres de polystyrène dans la trappe de la poubelle. Et il a du sans doute forcer pour que ça rentre, le con! Hé, mon con, dans cette poubelle d’un jaune éclatant que tu viens de gaver autant que tu m’as gavé moi, on n’y jette que des sacs de la même couleur, qui eux-même contiennent uniquement des matières « autorisées ». Pour le reste de tes conneries, il y a les déchèteries. Allez expliquez à ce con, et à ces con-génères, qu’il est avec ce con-portement l’une des causes du dérèglement climatique. Qu’en se débarrassant de ces ordures comme il le fait il ne permet pas le recyclage et participe donc à la surproduction, surconsommation, etc… Enfin non ne lui expliquez pas, parce qu’il ne va pas comprendre le rapport, le chemin est trop long. Ne lui parlez pas non plus de respect ou d’incivilité il vous dira qu’une poubelle est une poubelle. D’ailleurs ne lui parlez pas. Ou faites le tri.

En matière de sacs poubelles, les cons ça pose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait.

Réunion de chantier

Le progrès est arrivé jusque dans ma campagne. Et s’agissant d’une campagne, il est arrivé avec ses gros sabots.

Tout a commencé le jour où le responsable des services techniques de la commune, Champcevinel pour ne pas la citer, est venu me voir tout souriant pour me dire: « Ah tiens, je voulais te prévenir que l’on va installer des poubelles enterrées du côté de chez toi. T’inquiète pas, c’est au bout de ton jardin, loin de ta maison, ça ne gênera pas. » Voici donc le progrès que j’évoquais, les poubelles enterrées. Présentées de cette façon, je n’avais en effet aucune raison de m’inquiéter. Puis en rentrant chez moi, je me suis alors demandé de quel « bout » de mon jardin, qui en compte au moins deux jusqu’à preuve du contraire, il s’agissait. Un jour, les travaux ont débuté. Et là, j’ai su.

Oui j’ai su. J’ai su notamment qu’il y allait avoir rapidement matière à gérer des problèmes, à mettre en évidence des choses élémentaires auxquels les braves décideurs n’avaient visiblement pas pris le temps de penser. Ainsi, le chantier débuta un beau matin par un trou béant creusé contre ma clôture, en bordure de mon jardin, non pas à quelques mètres mais à quelques centimètres de mon jardin. Un endroit que ma famille et moi aimons particulièrement notamment parce qu’on y trouve un charmant bac à poisson plein de vie et de matière grise, ce qui n’est pas forcément le cas de l’autre côté du grillage. Au deuxième jour de chantier, en rentrant chez moi je m’arrête près du fameux trou et des ouvriers de la société Eurovia en charge de ce que j’appellerai, pour faire simple, un véritable merdier.

– « Bonjour. Qu’est-ce que vous creusez ici exactement ? »

-« On creuse pour installer des poubelles enterrées »

-« Comment se fait-il que je ne sois pas informé alors que vous êtes clairement collés à ma clôture « ?

-« Ah nous Monsieur, on fait ce qu’on nous dit ».

Voilà une réponse qu’elle est bonne. « On fait ce qu’on nous dit ». Aurait-il eu la même discipline si on lui avait demandé de creuser ce trou à mains nues ? Nous ne le saurons jamais. Le lendemain, on frappe à la porte. C’est Madame qui ouvre. Il se trouve que nos nouveaux meilleurs amis viennent de détruire en partie ma clôture. Quand je dis que le chantier est dans mon jardin, je suis on ne peut plus dans le vrai avec cet épisode. Je m’approche. Plein de compassion et de bonnes intentions comme on peut l’imaginer, d’autant que personne n’avait encore daigné venir m’expliquer ce qui se tramait par ici. Je constate les dégâts. Sont présents les ouvriers, un conseiller municipal de Champcevinel que je connais depuis toujours ou presque (mais qui ne me reconnait pas visiblement, ce sera drôle un peu plus tard) et deux « représentants » du Grand Périgueux dont j’ignore encore le nom et la fonction. Passées les formules de politesse, j’entame la présumée joute en demandant ce qu’est ce chantier pour lequel je ne suis pas informé et qui vient de me coûter un bout de ma clôture.

-« Ah mais si, vous êtes au courant, le responsable des services techniques m’a dit qu’il vous avait informé ».

Alors oui. Mais non. Personne, et surtout pas ce responsable des services techniques, ne m’a expliqué la nature de ce chantier, son ampleur et encore moins son emplacement exact. Le sujet a été évoqué à la va-vite, presque pris à la légère, rien ne laissant présager que j’allais voir débouler des grues aux allures de grand-roue, des camions et tracto-pelles en tout genre. J’apprends alors qu’il était prévu que l’on vienne me voir et que l’on me demande si cela me posait un problème. Qu’on me demande si cela me posait un problème ?! Rien. Que dalle. Et maintenant que le trou est fait, dans le sol et dans ma clôture, on fait quoi ? Je ne manque pas de préciser au conseiller municipal qu’un courrier officiel, une information écrite en tout cas, aurait été la bienvenue. La courtoisie, la politesse, la pédagogie, peut-être même la bienveillance, tout ça quoi… Face à tout cela j’hausse le ton, tout en restant courtois, poli, pédagogue, peut-être même bienveillant. Puisque je n’ai reçu aucune information officielle, puisque le protocole n’a pas été suivi dans la mesure où personne ne m’a demandé mon avis, je décrète sur le champ que je ne sais absolument pas ce qui est en train de se passer, que j’ignore quel est ce joyeux bordel qui vient d’ouvrir un accès direct à mon jardin. A cet instant, le conseiller municipal, courageux, tient la barre. Il défend son affaire, ne baisse pas le regard et reste empli d’une certain conviction. Les représentants du Grand Périgueux eux, regardent leurs chaussures, en parfait état soit dit en passant. Je sens tout de même en les regardant se dandiner qu’ils auraient préféré être en baskets de manière à pouvoir partir en courant. Cloués dans les starting block, ils ne me regardent pas quand je parle, murmurent presque quand je pose des questions et laissent le conseiller municipal seul au combat, ne profitant pas de leur supériorité numérique. Mettons ça sur le compte du fair-play. Je décide alors de rappeler au valeureux conseiller municipal que nous nous connaissons, je suis par exemple ami avec ses enfants et accessoirement, il a célébré mon mariage aux côtés de Monsieur le Maire. Face à cette nouvelle, il s’est à la fois détendu et inquiété.

-« Oh putain c’est toi… Je t’avais pas reconnu et je savais pas que tu habitais là! Si j’avais su que c’était toi je serais venu moi-même te dire pour les travaux ».

Peut-être. Je ne remets pas ça en cause. Cela dit, comme il vient de me préciser que ce chantier se tenait certes contre ma clôture mais sur la voie publique, je lui ai signalé que désormais j’arrêtais de tondre à cet endroit. Il me répond que je n’ai pas à tondre ici, que c’est aux employés municipaux de le faire et que s’ils ne le font pas il faut que je vienne me plaindre à la mairie. Il a même été jusqu’à s’engager, oui s’engager, en m’informant que j’allais recevoir un courrier de sa part m’indiquant que la commune via son équipe technique viendra tondre et couper la haie dépassant du grillage. A ce jour, toujours aucun courrier. Peut-être a-t-il perdu mon adresse.

Mais tout cela n’est presque rien à côté de l’utilisation que les gens font de ces poubelles enterrées.

 

Pourquoi faire simple ?

Salut Pôle,

Après une première tentative aux sérieux airs de déconvenue, j’avais décidé ce matin de retenter ma chance auprès de RSI. Cette fois-ci, j’ai joué les bons élèves, voire même le premier de la classe. Il faut téléphoner à RSI, alors j’ai téléphoné. Il faut aller sur le site internet de RSI, alors j’y suis allé.

Pôle, voilà où j’en suis. Après avoir reçu mon premier appel à cotisations de la part de RSI, j’ai demandé un délai de paiement pour le premier trimestre 2016 le temps pour moi de sortir un bilan et un compte de résultat de mon début d’activité. On peut faire cela parait-il, et ainsi tenter de se retrouver avec des cotisations au plus proche de la réalité. Alors je l’ai fait. RSI m’a accordé ce délai. Puis il m’a fallu un peu plus de temps que prévu pour saisir mes comptes. J’ai redemandé un délai. RSI m’a re-accordé ce délai. Ensuite, j’ai pris un rendez-vous. RSI m’a accordé le rendez-vous. Oui d’accord là je vais un peu loin. Toujours est-il que je voulais voir comment cela se passe à l’intérieur. Que se trame-t-il entre les murs de ce RSI dont tout le monde parle en des termes pour le moins fleuris ? J’allais le découvrir.

Je sonne à l’interphone. On me répond, je donne mon nom, mon prénom aussi d’ailleurs, on m’ouvre. Je découvre peut-être le visage de celle qui m’a refusé l’entrée la fois précédente. C’est sa collègue qui va me recevoir. Le bureau est minuscule, à tel point que je me suis demandé si cet espace était vraiment prévu pour être un bureau. En plein passage, en enfilade avec le bureau d’à côté, minuscule lui aussi. Pour l’intimité ou même la confidentialité, il faudra repasser. Mais comme je n’ai rien à cacher, cela ne me pose pas de problème particulier. Mon interlocutrice du jour est souriante et a connaissance du pourquoi de ma venue. Ses explications sont claires, ses calculs aussi. Effectivement, elle est en train de revoir mes cotisations à la baisse en se basant sur mes premiers chiffres. Elle va jusqu’à me proposer une prochaine entrevue courant juin pour ajuster encore. Je comprends tout. Et finalement je ne comprends rien. Si je me fie à tout ce que l’on m’a dit jusqu’à ce matin, et par « on » je pense à tous les abonnés RSI que j’ai rencontré, je suis en train de vivre très exactement l’inverse. Je ne comprends pas que je comprenne mais je fais avec. Je me dis que, parce que je suis tout neuf, jeune et fougueux, je ne vois pas la supercherie. Tu m’as tellement habitué à cela Pôle. Pour l’instant je prends ce que me dit RSI pour argent comptant. D’ailleurs c’est mon argent. La partie technique de ce premier rencard s’achève là, mon échéancier a été revu à la baisse et continuera d’être ajusté avec une meilleure vision sur mon activité.

– « Je peux vous poser une question ? »

Elle fait toujours un drôle d’effet, cette question. Entre surprise et inquiétude.

– « C’est vous qui écrivez dans un blog ? »

RSI savait qui j’étais. Il avait eu vent de mon précédent billet, celui où l’on m’avait laissé sur le trottoir, sous la pluie. J’apprends que ce billet est remonté jusqu’à la direction nationale de RSI, non pas grâce à son contenu mais à cause de réactions très extrêmes de certains abonnés voulant en découdre avec RSI, d’une manière ou d’une autre. Je me retrouve alors à discuter librement avec mon interlocutrice, de son travail, du mien. Elle semble connaitre parfaitement son affaire, les avantages et les inconvénients du système, elle parle vrai et avec pédagogie. Alors oui, dans la famille des chefs d’entreprise je suis un bleu. Ce matin j’ai peut-être été naïf, peut-être que dans six mois, huit mois, dix mois, un an, je repenserai à ce matin en me disant que je ne l’avais pas vu venir. Ou peut-être que j’ai vraiment compris comment aborder la chose RSI, comment rendre compréhensible ce bazar complètement tordu mais néanmoins lisible.

Pôle, j’étais mieux chez toi. C’était plus simple quand c’était clairement compliqué. Je ne comprenais jamais rien à ce que tu me disais à tel point que je n’attendais plus rien de toi. Ce matin j’ai compris ce que m’a expliqué RSI. Alors je m’inquiète.